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L’occasion de revenir sur cette institution aux multiples vies, qui a vu passer les plus grandes stars de la chanson et du divertissement. Encore aujourd’hui, voir s’afficher son nom en lettres rouges sur la façade du 28 boulevard des Capucines est une consécration pour les artistes. Remontons le temps, la mise au point est étourdissante !

Impossible de parler de l’Olympia sans évoquer le nom de Joseph Oller, son créateur.

En 1874, ce co-inventeur du PMU voit les paris interdits en justice. Qu’à cela ne tienne ! Déplorant l’insuffisance de lieux de divertissements parisiens, familiarisé avec le monde du spectacle lors de son exil volontaire en Angleterre pendant la guerre de 1870, il devient entrepreneur de spectacle.

À l’emplacement du bureau des Paris mutuels, il crée les Fantaisies Oller (qui deviendront le Théâtre des Nouveautés) ; il ouvre plusieurs salles de spectacle, au premier rang desquelles Le Moulin Rouge. Ses Montagnes russes, parc d’attractions tout en bois créé dans un ancien terrain vague, sont interdites par la Préfecture par crainte d’incendie. À la place, il installe le théâtre de l’Olympia, en référence bien sûr au monde délicieux des Dieux grecs, mais aussi à l’Olympia de Londres, célèbre salle de spectacle ouverte dans la capitale britannique en 1887.

Un music-hall inauguré par la Goulue

L’établissement parisien ouvre ses portes le 11 avril 1893, avec en vedette la Goulue, célèbre danseuse de cancan qui officie au Moulin Rouge.
« Ce n’était qu’un cri hier soir : Magnifique, superbe, on ne saurait rien imaginer de plus beau ! », s’exclame Le Constitutionnel au lendemain de l’inauguration. « C’est le lieu de réunion le plus agréable du Tout-Paris », déclare Le Figaro quinze jours après l’ouverture.
À deux pas de l’Opéra et des Grands boulevards, le premier vrai music-hall de la capitale vient d’ouvrir (selon la légende, c’est Oller qui aurait inventé l’expression) : un lieu imposant – le distinguant d’un banal café-concert – proposant dîners luxueux et spectacles “variés à l’infini”.

En savoir plus sur la Goulue et son inauguration triomphale de L'Olympia

Accompagnés d’un orchestre invisible, danseuses, chanteuses, artistes de cirque, prestidigitateurs… se succèdent sur scène.

La salle peut accueillir 2000 invités. Les décors de Marcel Jambon et Charles Toché, célèbres peintres et affichistes de la fin du XIXe siècle, sont exceptionnels, les toiles marouflées représentent des paysages et châteaux anglais, illustrations alors très en vogue. Les nouvelles technologies de l’époque ne sont pas négligées : les décors se substituent les uns aux autres par un ingénieux système d’ascenseurs ; la lumière électrique est diffusée par de nombreux lustres et girandoles en cristal Baccarat. Dès 1896, des projections des Frères Lumière y sont programmées.

L’Olympia voit passer le grand transformiste Fregoli (une célébrité à l’époque), Miss Sandowa (la danseuse dans la cage aux lions), le clown Grock. Aux attractions foraines succéderont revues de music Hall et vedettes de la chanson.
Mistinguett (qui habite à deux pas), la belle Otero, Yvonne Printemps, Maurice Chevalier, Lucienne Boyer, feront les beaux jours de l’Olympia pendant les années folles.

Affiche de l'attraction Montagnes Russes à l'Olympia, bd des Capucines

Affiche de 1893 (dessinée par Jules Chéret).

Ancienne affiche de l'Olympia présentant une exposition des arts forains

Le jour de l'inauguration le grand foyer accueille, en un "happening" avant l'heure de 4 heures seulement, l'ultime exposition des Arts incohérents.

Un cinéma comme parenthèse

L'Olympia, converti en cinéma

De 1929 à 1954, le Théâtre Jacques Haïk diffuse des films grand public

En 1929, face à la désaffection du public, le producteur Jacques Haïk transforme l’endroit en salle de cinéma. C’est lui qui a importé en France les films de Charlie Chaplin, donnant à son personnage de vagabond le surnom de Charlot, et qui fondera aussi le Grand Rex. Ce visionnaire perçoit tout le potentiel du cinéma parlant.

Il fait repenser la sonorisation et réaménager tout l’ensemble. Une magnifique salle avec air conditionnée, aux fauteuils de velours verts profonds et ornée d’un orgue Cavaillé-Col, projette désormais des films à visée grand public.

La renaissance comme salle de concert

En 1954, avec l’arrivée de Bruno Coquatrix, la salle parisienne renoue avec la musique et son activité originelle de music-hall. Le directeur emblématique en fait une salle de concert incontournable.

Gilbert Bécaud inaugure le nouvel Olympia et provoque l’hystérie, la salle est dévastée et recouverte de soutiens-gorge ; c’est à la suite de ce spectacle que la presse invente le terme de fans (pour « fanatiques »). Quand Sidney Bechet, croyant bien faire, décrète la gratuité de son concert, la salle est prise d’assaut et saccagée. Lors d’un concert de James Brown, trois rangs de fauteuil sont arrachés d’un coup ; Bruno Coquatrix en fait un argument publicitaire.

Le public afflue. Les années cinquante et soixante verront défiler sur scène les plus grandes vedettes de la chanson française : Georges Brassens, Léo Ferré, Juliette Gréco, Barbara… Jacques Brel y fait ses adieux.

Voir Jacques Brel à L'Olympia Extrait du concert donné pour ses adieux

Le jazz y trouve sa tribune les mercredis et samedis ; s’y produisent Louis Armstrong, Sidney Bechet, Billie Holiday.

Mais les fins de mois sont parfois difficiles. Appelés à la rescousse, Edith Piaf (à coups de piqûres pour soulager sa polyarthrite) puis Jacques Tati renflouent les caisses. Johnny Hallyday, premier artiste de sa génération à “faire l’Olympia”, prend la suite.
La salle, en phase avec les goûts musicaux de son époque, reçoit les Rolling Stones, Jimi Hendrix, Elton John, Patti Smith, David Bowie… la liste est interminable et internationale.

« L’année 1964, celle des concerts des Beatles à l’Olympia, c’était dingue, raconte Michel, un enfant du 9e. Le lycée était littéralement séparé en deux clans, avec d’un côté les fans des Beatles, dont j’étais, et ceux de Johnny, qu’on ignorait complètement. »
Sceptique quant à leur capacité de remplir la salle, Bruno Coquatrix a proposé en première partie un étrange assemblage réunissant Sylvie Vartan en tête d’affiche, un spectacle de jonglage, ainsi que Trini Lopez et sa “Bamba”. Les admirateurs des Beatles entonnent un très repris « Sylvie va-t-en ». L’ordre de passage est modifié.

Prises de risque maximum et coups de cœurs continuent de présider à la programmation, courant des années 1960 et 1970. La formule autorise de belles découvertes, et le public suit : Louis Chedid, Francis Cabrel, Alain Souchon ou encore Coluche y font leurs premiers pas.

Photo des Beatles à l'Olympia prise en 1964

Les Beatles à quelques heures de leur passage à L'Olympia en 1964

Une salle plébiscitée

Dans les années 1990, la Société générale, propriétaire de l’îlot Edouard VII où s’insère l’Olympia, souhaite restructurer les lieux et faire de la salle un club en sous-sol. Jack Lang, alors Ministre de la Culture, obtient le classement de la façade et l’interdiction de démolition.
La salle est rebâtie à l’identique à quelques mètres de l’emplacement d’origine, et la scène est reculée de 30 mètres, permettant l’aménagement d’une fosse sur ressorts et l’accueil de 1000 spectateurs supplémentaires. Hommage au passé glorieux : dans une travée subsiste l’emplacement du pied de micro d’Edith Piaf à l’époque de l’ancien Olympia.
La nouvelle salle ouvre ses portes en novembre 1997, de nouveau avec Gilbert Bécaud.

Façade lors de l'exposition sur l'histoire de l'Olympia en 2016

En 2016, l'Olympia réunit pour la première fois photos, témoignages vidéos et costumes retraçant son histoire.

Le hall de l'Olympia avec aux murs les affiches d'artistes qui ont foulé la scène de la salle

Le hall de l'Olympia et sa mosaïque d'origine. De part et d'autre, des portraits de chanteurs et d'humoristes, sur scène ou dans les loges.

La salle de billard de L'Olympia

La Salle de billard redécouverte en 1956, ornée de boiseries sculptées et de céramiques de Sarreguemines.

Artistes et public louent le rapport particulier qui les unit à l’Olympia, régulièrement citée comme une salle à taille humaine.
« Pour moi, l’endroit est exceptionnel, confie Nicolas, féru de concerts. La salle est souvent comble, on vient pour apprécier autant le lieu que le groupe, et l’acoustique est parfaite. »
« C’est un lieu chargé d’histoire, pas un stade en version réduite. Même l’ambiance dans la queue sur le trottoir est particulière, on est loin des files d’attente régulées du Zénith et de Bercy. Et c’est la salle des retours mythiques, comme ceux de Tori Amos et Joe Satrani cette année ! », s’enthousiasme Olivier, inconditionnel de l’Olympia.

L’arrivée de Vivendi

En 2001, le temple de la musique, dont le capital était détenu à égalité par la fille et la veuve de Bruno Coquatrix, est revendu au groupe Vivendi-Universal pour 8,38 millions d’euros. La salle est dirigée par Laurent de Cerner depuis 2016.

Tout en continuant à recevoir le fleuron de la scène musicale, de la variété aux musiques électro (ils sont chaque année plus de 200 à se produire sur scène), l’endroit accueille à bras ouverts les humoristes dans l’ancienne Salle de billard, rénovée en 2019. Florence Foresti, Laurent Gerra, Dany Boon, Xavier Demaison et autres vedettes du stand up assurent le show.

Du rire et du divertissement, telle est la devise que l’Olympia s’efforce de suivre depuis 130 ans…

Frédérique Chapuis et Françoise Tomasini