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Une plaque en l’honneur de Claude Monet a été posée le 20 juin dernier sur l’immeuble qui l’a vu naître. L’occasion de rappeler les liens que le chef de file de l’impressionnisme a entretenus avec nos quartiers.

La peinture de Monet est indissociable des lieux où il vécut, et dont il chercha inlassablement à restituer linstantanéité de la lumière et des couleurs. Son rapport à Paris est longtemps ambigu : la capitale attire, elle est lendroit où il faut être, qui brille et qui brûle.

Atelier à ciel ouvert, lieu de linnovation architecturale et picturale, la ville présente des motifs neufs, l’éclat du métal des structures et de largent à gagner. Monet en connaîtra surtout les cafés qui stimulent la réflexion et les ateliers où croupit la misère ; son pivot sera longtemps la gare, où se brouille la lumière “comme une féérie“, et qui permet en se logeant à distance de rejoindre les lieux qui comptent.

Commencements…

Claude Monet naît le 14 novembre 1840 au cinquième étage du 45 rue Laffitte, dans lancien 2e, actuel 9e arrondissement de Paris. Baptisé lannée suivante en l’église Notre-Dame-de-Lorette (tout juste achevée) sous le nom dOscar-Claude, il est le second de la fratrie après Léon, son aîné de quatre ans.

La famille déménage au Havre dès 1845 pour raisons financières. Claude préfère l’école buissonnière à l’étude ; il passe son enfance à courir les falaises et barboter dans leau. Au collège, il développe un goût certain et du talent pour le dessin. Son père a pour lui d’autres ambitions, il le verrait bien intégrer l’entreprise familiale d’approvisionnement de navires et d’épicerie.

Sa mère, chanteuse, férue de poésie romantique, qui dessine avec talent et peint à laquarelle dans de petits carnets quelle ne montre qu’à ses proches, le soutient dans ses aspirations artistiques ; elle décède prématurément alors quil n’a que 16 ans. 

Oscar-Claude délaisse les études mais continue les croquis. Il se fait connaître comme caricaturiste, puis commence à peindre les plages normandes sur les conseils et encouragements dEugène Boudin, qui reconnaît le génie dans le trait du jeune homme.

Retours, retours…

Comprenant quil ne pourra faire carrière qu’à Paris, il revient dans la capitale en 1859, tout juste âgé de 19 ans. Installé dans le 9e, il gagne quelque sou à la Brasserie des Martyrs (boyau qui conduit de la rue des Martyrs à la rue Notre-Dame-de-Lorette) en croquant les clients auxquels il vend ses caricatures. « Une brasserie où je perdis beaucoup de temps et qui me fit le plus grand mal », dira-t-il, ne gardant quun mauvais souvenir du milieu et du style bohèmes.

Quittant temporairement la Rive droite pour se former à l’Académie suisse, quartier Saint-Sulpice, il fait la rencontre dans l’atelier du néo-classique Charles Gleyre de Renoir, Sisley, Bazille (grand soutien amical et financier). Les leçons sur le beau et lantique ne portent guère, le groupe préfère peindre en plein air. L’été, Monet rejoint sur la côte normande son maître Eugène Boudin et le peintre Jongkind, près desquels il travaille fructueusement.

Cérémonie de dévoilement de la plaque dédiée à Claude Monet au 45 rue Laffitte.

Claude Monet est né au 45 rue Laffitte. Il aimait à rappeler qu'il était un "Parisien de Paris".

Portrait de Claude Monet, peint par Carolus-Duran en 1867

Claude Monet peint par Carolus-Duran, 1867.

Après un passage par le quartier Pigalle, Monet part ensuite à Sèvres où les loyers sont moins onéreux. Grâce au train, il reste cependant en contact permanent avec les marchands du 9e et les brasseries parisiennes. Il fréquente joyeusement le Café Guerbois (dans lactuelle avenue de Clichy, à la lisière de l’arrondissement) où se retrouvent les artistes Manet, Degas, Renoir, Sisley, parfois Cézanne et Pissaro, des gens de lettres, des collectionneurs… Il écrit cette fois : « on y faisait des provisions denthousiasme… on en sortait toujours mieux trempé, la volonté plus ferme, la volonté plus nette et plus claire. »

Monet sexile à Londres quand la guerre franco-prussienne se déclenche en 1870 ; il y retrouve Pissarro et y rencontre le marchand dart Paul Durand-Ruel qui devient le soutien des deux artistes. C’est à la National Gallery qu’il découvre la magie de Turner et Constable. En Hollande, il acquiert un lot d’estampes japonaises qui, comme les tableaux anglais, influenceront durablement sa peinture.

De retour en France il s’installe à Argenteuil, mais pour se rapprocher de leffervescence artistique du 9e loue un minuscule atelier rue d’Isly, à côté de la gare Saint-Lazare. À cette époque, Renoir dispose dun atelier rue Saint-Georges, Degas rue Blanche, Boudin place Vintimille (actuelle place Adolphe Max)... Les impressionnistes sont tous clients du marchand de couleurs Julien Tanguy, autrement appelé Le Père Tanguy ou Le Socrate de la rue Clauzel ; chacun a son jour pour exposer dans la vitrine de sa modeste boutique, pour Monet, cest le jeudi.

Boulevard des Capucines, naissance de l’impressionnisme

Se heurtant aux refus répétés du jury du Salon et afin dexposer librement, Monet, Renoir, Pissarro, Degas et Berthe Morisot fondent la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs. Leur première exposition est organisée en 1874 au 35 boulevard des Capucines, dans les anciens ateliers du photographe Nadar. 

Plus d’une centaine de toiles sont présentées, qui privilégient la couleur à la ligne et la perception à la représentation ; la presse fustige ces tableaux qui semblent inachevés pour un œil habitué aux touches lissées et aux contours nets de la peinture académique. À propos du tableau de Claude Monet Impression, soleil levant, le critique Louis Leroy, du journal Le Charivari, ironise : « Impression, jen étais sûr. Je me disais bien aussi, puisque je le suis, impressionné, il doit y avoir de limpression là-dedans. » Le nouveau courant artistique a désormais un nom : l’impressionnisme.

Ces mouchetures ont été réalisées de la façon dont on imite le marbre : en faisant des taches comme elles viennent. C'est incroyable, affreux ! C'est à vous donner une attaque d'apoplexie.

Louis LeroyJournaliste et critique d'art
Tableau de Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872 (musée d'art Nelson-Atkins)

Impression, soleil levant, 1872.

Le Boulevard des Capucines, 1873, Claude Monet

Le Boulevard des Capucines, 1873.

La gare Saint-Lazare, tableau peint par Claude Monet en 1877

La Gare Saint-Lazare, 1877 (une des douze toiles de la série).

Ville industrielle, vie parisienne

Monet croque la ville, les quartiers haussmaniens, les grands boulevards. Il veut peindre la gare Saint-Lazare sur le vif ; revêtant ses plus beaux habits, il se fait introduire auprès du Directeur des chemins de fer de lOuest : « Je suis le peintre Claude Monet, jai décidé de peindre votre gare. » Il obtient ce quil veut, dresse son chevalet sur les quais, fait arrêter les trains, bourrer les locomotives au charbon pour obtenir la fumée qui lui convient, et repart avec une dizaine de toiles, qui enthousiasmeront Zola.   

En 1878, Caillebotte lui prête un pied-à-terre parisien rue de Vintimille. Il se retrouve ainsi à proximité de son maître Eugène Boudin« Cest le seul homme que je connaisse qui caresse les nuages comme on caresse l’épaule de sa maîtresse », affirmait Monet. Il parvient à exposer boulevard des Italiens, en 1879, avec Pissarro et Sisley, dans les locaux du quotidien L’Événement, puis en 1880 au journal La Vie moderne (cest en découvrant cette exposition que Paul Signac décide définitivement de se tourner vers la peinture de plein air).

Des années de vache maigre

Bien que soutenu par Durand-Ruel – ses galeries se situent 16 rue Laffitte et 11 rue Le Peletier – ainsi que par Caillebotte , Monet peine à vivre de sa peinture et connaît des années très difficiles. Sa vie privée est également compliquée puisqu’il perd Camille, sa première femme et mère de ses deux fils, en 1879. Il se remarie avec Alice Hoschedé, elle-même mère de six enfants ; le voici à la tête dune immense famille, autant de bouches à nourrir.

En 1883, Monet s’éloigne de nouveau de Paris, toujours trop chère, pour sinstaller à Giverny. Pour autant, il continue à fréquenter le café La Nouvelle Athènes (place Pigalle), nouveau lieu privilégié de la sociabilité artistique, ou encore Le Café de la Paix (place de l’Opéra) ; c’est un habitué des dîners littéraires parisiens du groupe des Bons Cosaques, organisés par Mirbeau avec Renoir, Rodin, Mallarmé ; il propose à Renoir et Pissarro de maintenir leurs dîners au Café Riche (boulevard des Italiens) chaque premier vendredi du mois. 

Tentant de trouver de nouvelles sources de revenus, il expose à partir de 1885 à la galerie Georges Petit (rue de Sèze) ; la première exposition qu’il y partage avec Rodin en 1889 signe le début de sa reconnaissance publique et critique.

Claude Monet photographié par Nadar, 1899.

Claude Monet photographié par Nadar, 1899.

Une reconnaissance tardive

Le succès lui vient alors qu’il atteint la cinquantaine, essentiellement grâce au marchand Durand-Ruel qui exporte la peinture impressionniste aux États-Unis.
Dès lors, l’œuvre de Monet s’étoffe. Il sattèle à des séries de paysages qui marqueront lhistoire de limpressionnisme, notamment celle des Cathédrales de Rouen en 1894. Toujours ancré à Giverny où il a pu étendre sa propriété et créer son Jardin japonais, il multiplie les voyages, dans le sud de la France et à l’étranger. Cherchant toujours à renouveler sa peinture, il invente avec ses Nymphéas un nouveau style, que certains considèrent comme précurseur de labstraction.

Claude Monet s’éteint à l’âge de 86 ans. Quelques mois après son décès, lorsque Clémenceau, très affecté, inaugure la Salle des Nymphéas à lOrangerie, le public nest pas au rendez-vous. 

On se déplace aujourdhui du monde entier pour admirer ses toiles. Son mot dordre résonne : « La couleur est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment » ; et dans lhistoire de lart moderne, son nom brille au firmament.

Michel Guët et Françoise Tomasini

Dévoilement de la plaque

La plaque dédiée à Claude Monet a été posé le 20 juin au 45 rue Laffitte en présence d’élèves de l’école du 5 rue Milton qui ont travaillé cette année sur le peintre, et de leurs enseignantes référentes.

Actualité

L’exposition “Léon Monet”, sur l’intérêt et l’amour communs des frères Monet pour la couleur, est visible au musée du Luxembourg jusqu’au 16 juillet prochain.

Quelques adresses de Claude Monet

Naissance au 45 rue Laffitte (1840) ; retour à Paris, installation à l’hôtel du Nouveau Monde (place du Havre) puis au 31 rue Rodier (1859) ; demeure quelques mois au 18 rue Pigalle (1860) ; atelier au 4ème étage du 1 place Pigalle (1866) ; atelier au 8 rue d’Isly (8e, lisière du 9e, 1872-1874) ; atelier au 17 rue Moncey (1877-1878) ; pied-à-terre prêté par Gustave Caillebotte au 20 rue de Vintimille (1878-1882).