Skip to main content

Saviez-vous que c’était à son domicile du 76 rue de Rochechouart que, le 12 avril 1919, jour de ses 50 ans, celui qui est considéré comme le premier tueur en série français, Henri-Désiré Landru, avait été arrêté ?

Landru a alors déjà passé plus de six ans en prison, et lors de son dernier procès, sa peine pour escroquerie a été assortie de la relégation au bagne. Il réussit toutefois à tirer parti du chaos administratif de 1914 pour disparaître sous les identités et les déménagements successifs.

Pendant toute la période de la guerre, alors qu’il est marié et père de quatre enfants, il passe des annonces matrimoniales en se faisant passer pour un veuf aisé. Sa famille ne se doute de rien, le croyant brocanteur.

Freymiet rue de Châteaudun, Guillet rue de Rochechouart… il utilise plus de 90 noms d’emprunt. 283 femmes entrent en contact avec lui ; il ne répond qu’à celles qui, isolées, disposent de quelque économie. Après les avoir demandées en mariage et leur avoir fait signer une procuration, il les emmène dans sa villa de Gambais – achetant un aller simple pour les fiancées – où, tour à tour, il les tue.

C’est par hasard qu’il est reconnu en 1919 par la proche d’une des disparues devant un magasin parisien, et arrêté. Les brigades du Tigre trouvent sur lui un petit carnet sur lequel il a listé, clairement ou de façon codée, les noms de ses victimes.

Photos Landru

Photographies d'identité judiciaire de Landru prises le 17 avril 1919.

Le procès commence alors qu’aucun corps n’a été retrouvé. Le Tout-Paris s’y retrouve ; chaque matin à la gare Saint-Lazare, le train pour Versailles, surnommé “le train Landru”, est bondé. L’accusé, que Le Petit journal a surnommé le “Barbe bleue de Gambais”, charme par son humour provocateur. « Si les femmes que j’ai connues ont quelque chose à me reprocher, elle n’ont qu’à déposer plainte », s’exclame-t-il ; il reconnaît les escroqueries, mais pas les meurtres.

En détention, il reçoit des centaines de demandes en mariage. Il fait le bonheur des chansonniers, et lors des législatives de 1919, son nom est inscrit sur plusieurs milliers de bulletins de vote.

Son avocat Me Moro-Giafferi plaide le doute. Il annonce même que l’une des victimes prétendument morte a été retrouvée et est prête à apparaître ; la salle fixe la porte, personne n’entre, mais c’est bien la preuve selon l’avocat que personne n’est certain de la culpabilité de Landru. « Certes, tout le monde s’est retourné, Maître, sauf votre client », rétorque l’Avocat général. L’anecdote relève vraisemblablement de la légende, mais elle résume l’exceptionnelle plaidoirie délivrée pendant 5 heures par le ténor du Barreau.

Landru est reconnu coupable du meurtre de 10 femmes et du fils de l’une d’elles, et condamné à mort. Il est exécuté le 25 février 1922 devant la prison Saint-Pierre de Versailles.

Françoise Tomasini

Photo arrestation Landru

Arrestation de Landru au 76 rue de Rochechouart, où il vit avec sa maîtresse de l'époque.

Monsieur Verdoux

Affiche du film de Chaplin "Monsieur Verdoux" (1947), librement inspiré de l'affaire Landru.