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À l’occasion du Festival Adolphe Sax, du 2 au 4 juin, Le nouveau Neuf part sur les traces du saxophone. L'instrument a fait résonner ses premières notes dans le quartier Saint-Georges, timidement grandi dans le 9e entre le Conservatoire de musique et l’Opéra et joyeusement rythmé le Pigalle de l’entre-deux-guerres.

Portrait d'Adolph Sax, l'inventeur du saxophone

Adolphe Sax, inventeur du saxophone, dépose son brevet le 21 mars 1846.

L’histoire débute naturellement avec le père du saxophone, Adolphe Sax, né à Dinant en 1814 dans l’actuelle Belgique. Fils d’un facteur d’instruments de musique, il passe sa vie à inventer : dispositifs d’amélioration des cuivres, clarinette basse, clairon d’infanterie, sax-tubas, sax-horns, saxophones…

Sa carrière commence véritablement lorsqu’à l’âge de 28 ans, quittant l’atelier familial, il prend la direction de Paris et s’installe au n°50 de la rue Neuve Saint-Georges. C’est là que, de 1843 à 1878, se dressent les établissements Adolphe Sax qui regroupent les ateliers et une salle de concerts (conçue selon des règles d’acoustique inédites). 20 000 instruments en sortent rien qu’entre 1843 et 1860.
Les frères Goncourt habitent juste en face, au n°43. Jules, affaibli par la syphilis, ne supporte pas le volume sonore des séances de répétition ; en 1868, il déménage avec Edmond.
Trois autres adresses figureront sur les instruments Sax : celles des ateliers des 22 rue Milton et 51 rue Blanche (dans le 9e) et du 84 rue Myrha (dans le 18e).

En 1846, il dépose un brevet pour le ‘‘saxophone’’, qu’il conçoit comme une amélioration de sa clarinette basse. Bien que fabriqué en laiton, l’instrument n’appartient pas à la famille des cuivres ; il se classe parmi les instruments à vent de la famille des bois, l’anche du bec produisant du son sous l’effet de l’air expiré. C’est le début de procès interminables avec une multitude de contrefacteurs ; Sax en sortira victorieux, mais ruiné.

L’inventeur-musicien obtient pour le saxophone de multiples prix et décorations, dont la Médaille d’honneur – plus haute distinction existante – à l’Exposition Universelle de Paris de 1855. En 1857, il est nommé professeur de saxophone au Conservatoire de Paris, poste qu’il occupe jusqu’en 1870. Il devient également organisateur et directeur de la fanfare de l’Opéra de Paris.

Vue extérieure des ateliers Adolphe Sax, rue Neuve Saint-Georges

Vue extérieure des ateliers Adolphe Sax, au 50 de la rue neuve Saint-Georges, actuelle rue Saint-Georges.

Vue intérieure des ateliers Adolphe Sax, rue neuve Saint Georges

Vue intérieure des ateliers Adolphe Sax, fabrique d'instruments à vent.

Adolphe Sax habitera différentes adresses dans le 9e, rue de Dunkerque, rue Laffitte, rue Lallier et rue Viollet-le-Duc. Il décède d’une pneumonie à l’âge de 79 ans au 16 rue Frochot, dans une certaine pauvreté malgré sa réputation, et est inhumé au cimetière Montmartre.

Saxophone alto fabriqué par les ateliers Adolphe Sax

Saxophone alto en mi bémol, ateliers Adolphe Sax, milieu XIXe siècle (photo : Jean-Marc Anglès - Cité de la musique).

La fabrication des instruments sera reprise par son fils puis par les établissements Selmer, qui s’installeront à Montmartre place Dancourt (actuelle place Charles Dullin).

De nos jours, l’atelier-boutique Sax Machine (lire notre article), avec sa vitrine garnie de saxophones rutilants au 46 rue de la Rochefoucauld, fait comme un clin d’œil à l’inventeur.

Filiation…

Dès son arrivée dans l’actuel 9e, Adolphe Sax présente ses instruments à ses illustres amis et voisins compositeurs : Hector Berlioz, Georges Bizet et César Franck. Chacun d’eux a rendu à sa manière hommage au saxophone. À cette époque, tous demeurent dans le quartier.

Berlioz, critique musical écrit : « C’est plein, moelleux, vibrant, d’une force énorme, et susceptible d’être adouci. […] Aucun autre instrument de musique existant ne possède cette curieuse sonorité placée sur la limite du silence. » Il compose dès 1844 la toute première œuvre comportant un saxophone baryton, “Chant sacré ou Hymne sacré pour sextuor à vent ».

 ‘‘L’Arlésienne’’ de Georges Bizet (1872) comporte l’un des premiers grands solos pour saxophone alto.

César Franck compose quant à lui une “Sonate en la Majeur, pour Saxophone alto et Piano”, et utilise quatre saxophones dans l’opéra “Hulda” de 1885.

Portrait du compositeur Georges Bizet
Portrait du compositeur et chef d'orchestre Hector Berlioz
Portrait de l'organiste et compositeur César Frank

Georges Bizet, Hector Berlioz et César Franck, voisins d'Adolphe Sax, ont composé des œuvres avec saxophones.

Cependant, l’instrument peine à s’imposer au sein des formations classiques. Sa capacité à jouer facilement des passages techniques comme les bois, tout en projetant fort comme des cuivres, conduit essentiellement à son inclusion dans les orchestres militaires.

Au XXe siècle, pour autant, le saxophone inspire encore des musiciens classiques. Claude Debussy compose juste avant sa disparition la “Rapsodie pour orchestre et saxophone”. Dans son célèbre “Boléro” créé en 1928 à l’Opéra Garnier, Maurice Ravel donne une place de choix aux saxophones soprano et ténor. Darius Milhaud introduit l’instrument dans sa “Création du Monde’’.

Il faudra cependant encore patienter pour que le saxophone acquière ses lettres de noblesse.

Portrait du compositeur Maurice Ravel

Maurice Ravel.

Le musicien Sydney Bechet jouant du saxophone

Sidney Bechet et son saxophone soprano.

Plaque manufacture Sax au 50 rue Saint-Georges

Plaque illisible, en hauteur, au 50 rue Saint-Georges.

Émancipation !

Dès 1923, l’instrument résonne dans les clubs du 9e arrondissement. C’est le règne d’une nouvelle forme de musique, le jazz ; l’épicentre de cette expression musicale se trouve alors entre les rues Pigalle, Chaptal, Fontaine et Notre-Dame-de-Lorette.

Très vite, les jazzmen comprennent les infinies possibilités de l’instrument. Ce sont eux qui donnent raison à Adolphe Sax, en utilisant son invention pour écrire une page géniale de la musique moderne.

Trois des plus grands saxophonistes de jazz américains joueront abondamment dans le 9e pendant les Années folles : Sidney Bechet, sopraniste (qui demeure au 37 rue de la Rochefoucauld et accompagne Joséphine Baker dans ses revues), Coleman Hawkins et Benny Carter.

Adolphe Sax n’aura malheureusement pas connu l’incroyable épopée de son invention, dont le son “plein et moelleux” nous accompagne encore aujourd’hui.

Une plaque posée sur la façade du n°50 de la rue Saint-Georges, très altérée, est devenue pratiquement illisible. Sa rénovation est prévue en accord avec les établissements Selmer, mais se heurte aux méandres administratifs depuis bientôt deux ans. Gageons que Monsieur Sax patientera une fois encore…

Michel Güet et Françoise Tomasini

Affiche du Festival Adolphe Sax

Festival Adolphe Sax, du 2 au 4 juin

Concerts, ateliers de découverte du saxophone et ”parcours Adolphe Sax” ont lieu dans les 9e et 18e.

👉Pour plus d’informations sur la programmation et les festivités, retrouvez l’article de notre confrère Montmartre Addict.

Lors de la fête de quartier du 11 juin, place Saint-Georges, un livret détaillé sur “Le saxophone et le 9e” sera distribué au public.