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Le photographe a quitté sa Kabylie natale pour mieux y revenir et documenter au plus près la vie de ces hommes et de ces femmes qui résistent contre l'assimilation et l'oubli. Une immersion dans un magnifique noir et blanc au sein des populations berbères de différents pays.

Photo de paysage montagne en terre berbère

Mazighen, Maroc, Haut Atlas, Tinfgam, 2 octobre 2016.

C’est l’histoire d’une vieille, vieille dame, qui s’est battue pour l’indépendance de son pays, et l’a obtenue ; qui a passé sa vie aux champs, ne peut plus sortir, s’assoit devant la télé ; qui regarde les images sans comprendre, parce que sur la seule chaîne disponible, les programmes sont en arabe ou en français, et qu’elle ne comprend que le berbère.

C’est l’histoire de Ferhat Bouda qui quitte sa Kabylie natale pour faire un film, dont il ne connaît pas encore le sujet, mais qui pour sa grand-mère devra être en berbère ; qui trouve abandonné sur un chantier un appareil photo, et découvre la magie de la chambre noire ; qui après des années de petits boulots signe avec l’une des plus grandes agences de photographie, Vu’.

Le photographe algérien engage un long travail, toujours en cours, sur les Imazighen – pluriel d’Amazigh –, ces hommes libres devenus dans la langue des colons les “Berbères” ; le terme a la même origine que “barbares”, les étrangers dont on ne comprend pas la langue.

mazighen_Ferhat Bouda_Niger, Agadez, 17 Décembre 2016, Une femme Touareg pendant la fête de l'indépendance du Niger

Une femme Touareg pendant la fête de l'indépendance du Niger. Imazighen, Niger, Agadez, 17 décembre 2016.

Imazighen_Ferhat Bouda_Mali, Tombouctou, 14 février 2012, Le drapeau de L'Azawad.

Le drapeau de L'Azawad. Imazighen, Mali, Tombouctou, 14 février 2012.

Ils sont 32 millions, répartis dans un vaste territoire qui s’étend de la Mauritanie à l’Égypte, nomades ou sédentaires, musulmans, chrétiens ou juifs, kabyles, touaregs… Au-delà de leurs différences, ils se rejoignent autour d’une langue originelle – qui se décline selon les régions – et de valeurs communes, la démocratie participative, le lien à la terre, la tolérance religieuse. Méconnus, dispersés, marginalisés, les Berbères, depuis longtemps menacés dans leur identité et leur culture, représentent une minorité en résistance contre les processus d’assimilation.

L’exposition, plus artistique que documentaire, se concentre quant à elle sur l’aridité des paysages et la mélancolie des regards. Dans un travail engagé en noir et blanc, Ferhat Bouda donne à voir les rebelles indépendantistes touaregs au Mali, le quotidien après le Printemps noir en Algérie, des vies simples de montagnards qui s’organisent selon le rythme de la nature. Des univers multiples et complexes qui dépassent les clichés et les stéréotypes.

C’est l’histoire d’un homme qui a quitté sa terre pour que sa grand-mère puisse découvrir le monde. Et qui dévoile la culture de sa grand-mère au monde.

Françoise Tomasini

Setsi, ma grand-mère, série de 2004 à 2016.

Imazighen_Ferhat Bouda_Algérie, Oran, Cap Blanc, 8 février 2015.

Imazighen, Algérie, Oran, Cap Blanc, 8 février 2015.

Galerie Vu’, 58 rue Saint-Lazare, Paris 9.
Horaires d’ouverture : du mercredi au vendredi, de 12h30 à 18h30.
Exposition “Imazighen”, jusqu’au 28 juillet 2023.