Guide du Patrimoine à la Mairie du 9e, cultivant la précision des dates et des adresses, Michel Güet transmet depuis une dizaine d’années ses connaissances au public lors de balades flâneries dans les rues du quartier et de conférences en bibliothèques. Portrait d’un homme attaché et attachant.
Son premier cri poussé à Lariboisière en 1953, Michel Güet rejoignait deux jours plus tard le domicile familial de la rue Rodier et sera, dans la foulée, baptisé à Notre-Dame-de-Lorette.
Son père est un parisien du 17ème arrondissement, sa maman bretonne et couturière, n’a qu’à se pencher à la fenêtre du 27 pour suivre des yeux son fils traverser la rue et se rendre à l’école maternelle.
Quelques années plus tard, rentrant de l’école Milton, bon garçon, il prend l’habitude de monter les courses et le charbon de chauffage aux personnes âgées de son immeuble. À une époque où l’on se connaît entre propriétaires de longue date, les coups de mains, petits services et contrôle des enfants se font naturellement.
Monsieur Robert, le voisin au bon cœur
Michel se souvient de ses voisins, certains l’ont marqué. Ainsi, ce Monsieur Robert du 5ème étage qui l’avait à la bonne.
Les parents n’ayant à l’époque ni téléphone, ni téléviseur, c’est chez lui que Michel passe ses coups de bigo, il n’a pas oublié le numéro d’appel, 878 01 01, et qu’il découvre pour la première fois les Beatles à la télévision.
Il faut dire que Monsieur Robert bénéficie d’une certaine renommée dans l’immeuble. Ancien combattant qui a participé à la bataille de Dunkerque, il en est revenu les dents cassées, une blessure faite lors d’une évasion. Cet ancien trompettiste, Grand Prix de Conservatoire, incapable de souffler à nouveau, va apprendre la batterie pour continuer à se produire dans les salles de spectacles parisiennes.
Les embauches se font, comme à Pigalle, au croisement de la rue des Martyrs et du boulevard de Rochechouart.
Lorsque le musicien joue au Cirque d’Hiver ou à Medrano, il ne manque pas d’emmener son petit voisin Michel. Une fois installé, ce dernier attend avec impatience les numéros de clowns, annoncés d’un roulement de tambour par Monsieur Robert.
Michel Güet, chez lui, rue Rodier. Il transmet auprès du public l'histoire de son arrondissement au passé culturel très riche.
L’aumônerie, le repaire de sa jeunesse
Dans les années soixante, les centres d’animations et autres espaces Jeunes n’existent pas encore et les MJC sont absentes du quartier. Ce sont les aumôniers de Notre-Dame-de-Lorette qui prennent en charge la jeunesse : sorties au cirque, films au cinéma de quartier de la rue Buffault, camps de Scoutisme, promenades et jeux le jeudi au bois de Chaville.
Au foyer du 8 rue Choron, Michel retrouve ses copains autour du baby-foot et de la table de ping pong, ne rate pas un épisode de Zorro les jeudis en fin de journée.
Ses premiers pas en patins à roulettes, il les fera avenue Trudaine. L’été, direction Fermanville et la colonie de vacances, propriété de la paroisse, puis séjour breton en famille pour s’adonner à la pratique de la voile.
Un 9ème encore populaire
Michel grandit au sein d’un environnement dans lequel la mixité sociale est encore présente. Enfants de bourgeois de l’avenue Trudaine et ceux issus de familles moins favorisées se mélangent et se retrouvent chez les Scouts.
Le père d’un copain de classe, caïd de son métier, impose son autorité dans les clubs et bars de la rue Frochot, la mère d’un autre fait des passes tandis que les frères Zemour tiennent encore le pavé de Pigalle.
Dans la cour de l’école, ce fan des Beatles, brandit son premier 45 tour « Please Please Me » en 64 au nez des fans de Johnny, l’idole des jeunes.
Lorsque Mai 68 arrive, Michel a 15 ans. Il rejoint les camarades et manifeste avec des centaines de milliers de personnes, de République à Denfert-Rochereau. Tout est désormais possible. La jeunesse s’affirme et combat les idées d’arrière-garde. En attendant des lendemains qui chantent, pour se faire un peu d’argent, veste des PTT du 9e sur le dos, l’adolescent dévale à vélo les rues du quartier pour distribuer télégrammes et pneumatiques à l’accueil des compagnies d’assurances, des bureaux et chez les particuliers.
Prendre le large et découvrir le monde
Plus tard, devenu marin et skipper, brevet de moniteur de voile en poche, après avoir été surveillant dans un internat, il s’éloignera de Paris pour les rivages de la côte bretonne et au-delà, avant d’y revenir et de poursuivre un cursus universitaire. Diplômé d’État en Sciences de l’Éducation, devenu enseignant formateur, il n’aura de cesse de transmettre auprès de différents publics, enfants comme adultes.
Ainsi, aux affaires scolaires de la Ville de Paris, il met en place les projets éducatifs des classes Découverte et Patrimoine.
L’homme aura vu d’autres pays, navigué sur les mers, étudié la nature, vécu en Allemagne et aux Etats-Unis, mais restera fidèle au 9e en réintégrant l’appartement et le quartier qui l’ont vu grandir.
Faire vivre le patrimoine, sa grande affaire
La retraite venue, cheveux blanc et fines lunettes, Michel propose ses services et s’investit auprès des Conseils de Quartiers et à la Mairie du 9e.
Formé à l’Institut régional du Patrimoine, fin connaisseur de l’histoire et des arts, il communique désormais sa passion, celle de son quartier et des âmes illustres qui l’ont habité et fréquenté, auprès du grand public, lors de rendez-vous : fêtes de quartier, Journée du Patrimoine, Journée des droits des femmes…
Promenez-vous cinq minutes avec Michel et chaque rue du 9e devient un théâtre dans lequel toute l’élite artistique, de la Restauration à la Grande Guerre, s’est donnée rendez-vous.
Ce patrimoine, passé conservé ou détruit, mémoire entretenue ou abandonnée, c’est la grande affaire de Michel. Et de crainte qu’on ne l’oublie, il le transmet à travers ses balades flâneries, ses conférences et ses écrits, une dizaine de livrets gratuits disponibles en mairie. Le prochain aura pour thème « Claude Monet et le 9e », commémorant le centenaire de la disparition du peintre.
Des plaques pour ne pas oublier
« Plus on connaît son patrimoine, mémoire collective dont on a hérité, plus on l’aime et mieux on le protège » souligne cet œil observateur, qui ne rate pas une frise grecque courant au premier étage d’un immeuble, lui qui n’a pas son pareil pour décoder et interpréter les paysages urbains qui nous entourent.
Instigateur de la pose de plaques, dernièrement celles d’Albert Londres, de Claude Monet, de Ravel, de Géricault ou de Grappelli, il nous rappelle que le Jazz voit le jour ici, entre Blanche et Pigalle. Toujours prêt à se faire l’avocat des oublié.e.s, il milite pour une plaque commémorant Fréhel, Mary Cassat , Satie, Degas ou la mémoire de Henry Murger, né rue Saint-Georges. L’auteur de « Scènes de la vie de Bohème », qui a fréquenté assidument la Brasserie des Martyrs, a passé l’essentiel de sa vie dans le 9ème.
Quand l’appel de la nature se fait trop fort, Michel quitte l’arrondissement, ses rues chargées d’illustres fantômes, pour la Normandie et ses paysages impressionnistes. Et tel le berger de Giono, il plante des arbres, observe contemplatif les papillons et recense les oiseaux qui viennent se reposer sur son terrain.
Frédérique Chapuis
Lors des Journées du Patrimoine 2022, Michel Güet animait une visite sur l'histoire de l'Hôtel Dosne-Thiers, place Saint-Georges, Paris 9e.
Une dizaine de livrets rédigés par Michel Güet mettent en avant toute la richesse artistique du 9e. Ils sont disponibles gratuitement à la mairie. Celui sur le jazz a été écrit par Philippe Baudoin.
Décembre 2023. Dévoilement au 55 de la rue Rodier de la plaque à la mémoire du grand journaliste et écrivain Albert Londres, qui vécut dans le 9e.
Septembre 2023. Promenade-flânerie autour du square Montholon, à l'occasion de la fête de quartier Anvers-Montholon.
