Sonia Pavlik a beaucoup noirci de pages avant de se faire publier. Cette habitante du 9ème écrit chaque jour chez Marguerite, un café/brasserie de la rue des Martyrs, dont elle a fait son QG. Son deuxième recueil "Suite amoureuse" est attendu en 2026. Rencontre avec une personnalité inspirante !
Rendez-vous est pris au Café Marguerite, rue des Martyrs avec Sonia Pavlik. Elle y a sa table, donne ses rendez-vous, y retrouve son petit groupe d’ami.e.s du 9e. Surtout, elle s’astreint chaque matin à écrire, de 9h à midi, au milieu des conversations, du bruit des machines espresso. « J’ai besoin d’une routine, d’un cadre pour activer le muscle de l’écriture poétique. Ensuite, j’ai l’habitude de dire que les vers tombent du ciel », explique-t-elle. Un ciel habité par de grandes figures admirées : Baudelaire, Emily Dickinson, Christian Bobin ou Sophie Loizeau.
De la Rive gauche au 9ème
Sonia a grandi dans le 6ème arrondissement, une enfance baignée par toute l’histoire littéraire du lieu, auprès d’un père polyglotte, d’origine tchèque, qui l’a éveillée à la langue, sa musicalité, à l’usage du mot précis. Cet esprit scientifique, sensible à l’art, prenait de temps en temps le pinceau. Une figure paternelle qui a beaucoup compté.
Bonne élève, Sonia intègre Henry-IV qui l’a mène naturellement à une Prépa littéraire au Lycée Condorcet. C’est à cette occasion qu’elle découvre le 9e, sa vie nocturne, ses rues, avec en tête la chanson des Garçons Bouchers « Dans le bar tabac de la rue des Martyrs » qui la faisait rêver.
Elle va s’y installer pendant ses études et creuser son sillon à l’ombre des artistes et des poètes du XIXème qui ont fait la renommée du quartier de La Nouvelle Athènes.
Le virus de l’écriture poétique, elle l’a attrapé très tôt. Dès l’école, elle apprécie apprendre puis réciter des poèmes par coeur tout en les illustrant. Puis rapidement, Sonia va en écrire dans son coin, son petit laboratoire d’écriture comme elle le nomme.
Plus tard, sa rencontre avec la pensée chinoise taoïste, « une façon très poétique de voir le monde, riche en métaphores et en correspondances » va nourrir ses textes, l’aider à traverser les expériences pénibles de l’existence et surtout prendre pleinement conscience du présent et d’en jouir le plus possible.
Sonia Pavlik au café Marguerite, rue des Martyrs, Paris 9e.
C’est avec l’écriture d’un court-métrage sur sa famille qu’elle inaugure son parcours d’autrice ; suivra le théâtre et la mise en mots d’une pièce pour enfants « Vassilissa », tirée d’un conte russe. Parallèlement, elle rédige des hors-séries littéraires, travaille dans la presse culturelle et la pub : « Moi qui venait d’une écriture universitaire très cadrée, je trouvais dans la rédaction de contenus publicitaires, dans la recherche de la bonne formule, une source de créativité et d’amusement. »
Le décès du père
Il aura fallu vingt ans à cette grande discrète pour s’autoriser à penser que sa poésie pouvait être publiée et lue, silencieusement par chacun ou à voix haute devant un public. Elle ouvre d’abord un blog en catimini mais la grande affaire, avoir le cran de montrer ses textes de poésie à un éditeur adviendra plus tard.
C’est au décès de son père, « une expérience intime très douloureuse », mort d’Alzheimer trois jours avant le Covid qu’elle se décide enfin : « Son départ a donné un sens à la publication. Je n’avais plus d’excuses » lance-t-elle, aujourd’hui pleine d’assurance.
Les dernières semaines à l’Ephad, si elles furent difficiles à vivre, ont par ailleurs été étrangement empreintes de poésie. « Mon père, à cause de sa maladie, tenait des propos surréalistes qui pouvaient faire rire. » Sonia y voit un signe.
Être publiée
Son premier recueil, « Puissance de la discrétion » aux éditions Henry, paraît au printemps 2024.
Voici ce qu’elle écrit sur son site poetiqueintérieure.com : « Écrire un livre, le publier, tient à quelque chose qui relève de l’audace. Celle de sortir de soi, de partir à la rencontre, mais aussi d’accueillir les retours des lecteurs. »
On a pu l’écouter lire ses poèmes sur la scène du Chat Noir dans le 18ème arr, à la SACD de la rue Ballu dont elle est membre. C’est lors d’un Parloir des Poètes qui se tient à la Maison de Poésie, Fondation Emile Blémont, jouxtant la Maison des auteurs, qu’elle rencontre son futur éditeur, Jean Le Boël.
Dernièrement, on l’a entendue lors d’une soirée au Dissident Club, rue Richer qui ouvre chaque semaine ses portes aux auteurs et autrices de poésie.
Sonia parle de lecture à voix haute qui agit comme une berceuse, qui met dans un état méditatif, d’une écoute profonde qui renvoie à un ailleurs, autre que le monde rationnel. « C’est un lien avec l’émotionnel, le langage de l’âme. La poésie me met en contact avec quelque chose de plus grand que moi, en accord avec le monde et les autres. »
Elle loue cet art de la liberté qui comme le chant ou la danse, n’a besoin de presque rien pour pouvoir s’exprimer.
Si son premier recueil racontait l’émergence d’une voix, une réflexion sur le je et le rapport au monde, son deuxième opus, « Suite amoureuse » prévu en 2026, s’attaque aux sentiments amoureux.
Frédérique Chapuis
Son premier recueil de poésie est paru aux Editions Henry. Un deuxième est attendu pour 2026.
Chaque matin, Sonia s'astreint à écrire sur de petits carnets au Café Marguerite.
Quelques mot jetés sur le papier illustrent son 9ème.
Lors d'une soirée poésie au Dissident Club, rue Richer, Paris 9e.
Ses bonnes adresses du 9e
- Son café : la brasserie Marguerite à l’angle des rues Martyrs et Manuel, à quelques pas de son domicile, elle y a son rond de café, écrit de 9h à midi sur de petits carnets ou sur son ordinateur. Elle loue la gentillesse des propriétaires qui la soutiennent dans ses projets.
- Pour déjeuner : Sonat, la cantine végétale de la rue Bourdaloue et la cuisine perse de Namak, rue Saint-Lazare.
- Pour ses petits carnets inspirants et stylos, elle se rend à la papeterie Petit Gramme, rue Milton.
- Elle navigue entre les bibliothèques Valeyre, Drouot et Chaptal, est fascinée par la fresque de l’Ambassade du Taillandier Art, rue de L’Agent Bailly.
- Elle attend avec impatience la réouverture du Musée de la Vie Romantique le 14 février 2026 après plus de deux ans de travaux.
