Dix-sept mois de travaux, une rénovation qui préserve l’esprit unique de l’endroit, un nouveau parcours des collections permanentes, une mise en valeur de la vie romantique. Cette restauration réussie est une plongée inspirante dans la maison-atelier du peintre Ary Scheffer, maître des lieux de 1830 à 1858.
Une fois passé le nouveau sas de sécurité d’un vert identique à celui de la serre d’époque accolée à la demeure que l’on devine au loin, le visiteur avance le long d’une allée arborée. Les pavés ont été rejointés, la pente adoucie pour une meilleure accessibilité tandis que des panneaux explicatifs restituent l’atmosphère du quartier de la Nouvelle Athènes et la vie de la famille Scheffer qui vécut en ces lieux.
Une double visée
Il fallait rénover le pavillon principal, des sous-sols en passant par la charpente et la toiture, inscrit au titre des Monuments historiques, déplacer l’accueil du musée et surélever un bâtiment. Une réhabilitation d’un budget initial de 3,8 millions d’euros, menée par Basalt Architecture sous la conduite de Paris Musées et du musée de la Vie romantique.
Ce qui frappe l’habitué du musée, ce sont les couleurs choisies pour la maison. Exit le coloris vert datant des années 1990. Retour aux origines, au brun pour les volets et menuiseries et au beige, un enduit à la chaux, pour les façades. Ainsi, la maison retrouve l’apparence et l’éclat qui étaient les siens en 1830, autour d’une architecture de style néo-Renaissance, inspirée de la villa palladienne.
Outre le bâtiment, l’intérieur a été repensé et entièrement réaménagé. Si aucune cloison n’a été abattue pour respecter l’histoire de la maison, le parcours est plus fluide, moins académique. Tout est frais, charmant et inspirant.
Au rez-de-chaussée, la directrice du musée Gaëlle Rio souhaitait composer un nouveau récit autour de deux personnalités majeures du romantisme : celle d’Ary Scheffer (1795- 1858), peintre d’origine hollandaise un peu oublié, premier habitant de cette enclave à l’abri de l’agitation. Il tint salon et reçut tous les vendredis soirs un cercle d’artistes et d’intellectuels qui comptaient alors. Des soirées qui commençaient par un dîner au salon et se terminaient en musique à l’atelier. Chopin, Delacroix ou encore la mezzo-soprano Pauline Viardot, tous avaient choisi le quartier de la Nouvelle Athènes pour y vivre, travailler, se rencontrer et développer une fraternité des arts.
Les volets et menuiseries ont retrouvé leur teinte brun-beige d'origine tout comme la façade restaurée à la chaux.
Chaque pièce avec son petit mobilier, vitrines et guéridons est traitée comme l'intérieur d'un salon bourgeois.
Entouré d'un cercle prestigieux de personnalités, le peintre Ary Scheffer joua un rôle important dans l'essor du mouvement romantique.
À gauche, le portrait de Pauline Viardot (1840) sous le pinceau d'Ary Scheffer. La célèbre cantatrice donnait des cours de piano à Cornélia, la fille du peintre.
Au premier étage, les romantiques empruntent à la littérature de leur temps : les drames et intrigues de Dumas, Chateaubriand ou Scott s'incarnent dans des tableaux à la force expressive.
Le portrait de George Sand peint par Auguste Charpentier (1838) côtoie un buste de l'écrivaine réalisé 9 ans plus tard par Jean-Baptiste, dit Auguste, Clésinger.
George Sand, figure du romantisme
L’écrivaine, intellectuelle et féministe George Sand à laquelle on a dédiée une salle, venait en amie et en voisine, depuis le square d’Orléans. Des portraits, objets personnels, lettres et ses fameuses dendrites, paysages imaginaires réalisés à l’aquarelle, distillent du vécu dans un lieu hors du temps, loin des tumultes de l’époque.
On retrouve dans le salon d’Ary Scheffer, tendu d’un jaune pimpant, le fameux portrait de l’écrivaine peint par son ami Auguste Charpentier à Nohant mais aussi de nouvelles acquisitions comme ce bronze représentant Marie Taglioni, ballerine célèbre, en sylphide sur le point de s’envoler. Car le musée se veut un lieu certes patrimonial mais vivant où les accrochages peuvent varier, où les collections s’enrichissent au fil des ans.
Mieux comprendre le romantisme
L’Atelier àkiko designers en charge de la scénographie a su mettre en valeur les collections permanentes. À chaque pièce, sa gamme chromatique avec toiles tendues au mur, lourds rideaux assortis, parquets restaurés, mobilier bourgeois. Des cartels et des écrans tactiles bien conçus complètent le dispositif.
À l’étage, on passe d’un salon à l’autre, emporté par les thématiques qui irriguent le mouvement romantique : la nature et le paysage, le sentiment, la littérature et le fantastique. Notre regard glissant de tableaux en tableaux, paysages et portraits, scènes saisissantes, visions d’esprit et chevauchés nocturnes inspirés du Faust de Goethe ou du Manfred de Byron.
Installé sur une banquette, cornet à l’oreille, on écoute une Nocturne de Chopin, les orages sonores de Liszt, un extrait de Chateaubriand. Une façon sensible de s’immerger au cœur d’une période riche et exaltante, rendant les œuvres exposées plus vivantes et familières encore. Tout bruisse de cette atmosphère artistique et intellectuelle liée au courant romantique.
Frédérique Chapuis
Rouge passion pour incarner la force du sentiment. Les romantiques cherchent à traduire l'expérience intime face à l'amour, la nature et la foi religieuse.
📍Musée de la Vie romantique
16 rue Chaptal, Paris 9.
Ouverture du mardi au dimanche, de 10h à 18h.
Accès gratuit aux collections permanentes.
Exposition temporaire « Face au ciel, Paul Huet en son temps » jusqu’au 30 août.
➡️ La programmation culturelle
Des visites guidées, des ateliers et des cycles de concerts.
L’atelier-salon, le grand atelier, le jardin et le salon de thé Rose Bakery sont accessibles aux PMR.
