En juillet 2025, Fées des rues posait ses premiers carreaux de métro, de Montmartre à Pigalle. Derrière ce geste, il y a Sonia, céramiste, habitante du 9e. Un jeux de mot, un vers de poésie, une figure féminine tracée au feutre qui fait mouche, autant de petites bulles d'art collées au bon endroit. Portrait.
C’est une fée en salopette, tantôt bleue, rose ou verte, qui insuffle un peu de poésie sur les murs de la ville. Ce personnage facilement identifiable, associé à quelques vers ou jeux de mots, des messages parfois légers, drôles ou plus mélancoliques, provoquent sourire, résonnent dans le cœur du regardeur, passant pressé arrêté dans sa course.
Derrière ces carreaux de métro émaillés posés à des endroits choisis, jamais au hasard, il y a Sonia (@feesdesrues) qui dessine, qui enduit de vernis et de résine, qui colle à toute vitesse, en écho à un endroit, une plaque de rue, une histoire.
Cette habitante du 9e dont la rue Fontaine fut le fief une vingtaine d’années est aujourd’hui installée rue d’Amsterdam. Restée fidèle à son quartier de cœur, elle colle à Pigalle, sur la butte Montmartre, dans le 17e où elle a son atelier de céramiste, parfois dans le 13e, bastion du street art.
Ancienne psychologue du travail en aéronautique qui modélisait les cerveaux de pilotes et de contrôleurs aériens, Sonia décidait de tout quitter en 2015. Impression d’avoir fait le tour, envie d’autres horizons plus en accord avec elle-même.
Petite, elle se passionnait pour le dessin. Ses parents convoqués par une professeure de 3ème s’entendent conseiller la filière des Beaux-Arts pour leur fille. Ces derniers issus d’un milieu populaire, n’entrevoient pas la possibilité d’un futur métier, la jeune fille non plus, qui attendra l’âge de 20 ans pour entrer dans un musée.
En parallèle de son métier sérieux, Sonia ne lâchera jamais les crayons. Au moment du grand saut dans l’inconnu, elle prévient ses deux fils : « On va diviser notre niveau de vie par quatre ». lls la soutiennent.
Comme son personnage, Sonia (Fées des rues) a adopté la salopette, un vêtement mixte et universel, qui plaît aux bobos comme aux ouvriers.
Jeu de mots et profondeur du propos.
Assise, jambes ouvertes, Fées des rues revendique sa place dans l'espace public.
Fées des rues distille sa petite musique. Pas de slogans mais une poétique engagée qui surgit à l'improviste.
Chacun.e est invité.e à écrire et déposer un message dans cette "boîte à l'être", passage des Abbesses.
À sa manière, Fés des rues s'inscrit dans une démarche féministe.
Le virage
Lors de sa pause professionnelle, elle pousse par hasard la porte d’un atelier de sculpture : « une vraie révélation ». Instant décisif qui la mène à passer un CAP de céramiste et à ouvrir son atelier dans le 17e. Elle y travaille ses créations, des pièces en relief, loue son espace à des céramistes pour assurer son modèle économique.
Ses aphorismes et vers écrit sur de petits carnets, elle va les partager de la façon la plus démocratique qui soit.
En investissant la rue, Sonia pose un acte peut-être féministe, en tout cas qui bouscule le cliché du street artist à capuche qui sort la nuit. Ça la fait marrer de commencer à 55 ans. Sa fée des rues a épousé la salopette, vêtement mixte dans lequel chacun.e pourra se retrouver. Elle explique : « C’est aussi un hommage à mon grand-père ouvrier. Une tenue que j’ai adoptée en atelier, symbole d’une femme indépendante qui s’assume, à rebours de la figure féminin sexualisée ».
De la rue à l'intime
Défendant un accès à l’art, sans filtre ni entre-soi, Sonia a signé une « boîte à l’être» passage des Abbesses. « Fais-moi un message cardiaque» est une installation interactive dans laquelle chacun peut laisser un mot, papier et stylo sont fournis. Simples mercis, choses intimes jamais dites, hommage à un père décédé dans la nuit, mots d’enfants, secrets inavoués, déclarations d’amour.
Surprise par le succès, l’artiste récupère régulièrement des centaines de messages, des traces de vies écrites à la main. Se posant à la terrasse du café Saint-Jean, elle regarde touristes, habitués du quartier et ceux qui la suivent envoyer une bouteille à la mer. Elle réfléchit à en faire une œuvre d’art.
Sur le principe de sa boîte à lettres, la BNF qui consacre à l’automne une grande rétrospective à Georges Pérec, lui a passé commande d’un dispositif basé sur le « Je me souviens » de l’écrivain, membre de l’Oulipo.
Si vous aimez la poésie de ses carreaux émaillés, Sonia en réalise sur commande, avec des variantes possibles, la contacter sur son Instagram @feesdesrues.
Un site internet marchand est en cours de réalisation.
Frédérique Chapuis
Ses adresses du 9e
Le Musée de la vie Romantique. « J’y ai plein de souvenirs. Très contente qu’il soit rouvert. C’est un très joli lieu avec une âme.»
L’Annexe. « Ce bar de la rue Chaptal est situé en face de l’école maternelle et primaire où allaient mes fils. Souvenirs de nombreuses rencontres amicales avec les parents » dans une rue aujourd’hui apaisée.
Les 3 Fontaines. « L’un des rares bars de la rue Fontaine qui soit resté populaire, Un vrai bistro de quartier où tous les matins j’allais prendre mon café et lire le journal quand j’habitais dans la rue »
Le Restaurant Addis Abeba. « J’adore ce petit Ethiopien de la rue Notre-Dame-de Lorette. C’est simple et l’accueil est chaleureux. On y mange bien ».
Les Blancs Becs. « Pour boire un verre entre amis, j’aime bien aller aux Blanc Becs, rue de Douai. J’y ai collé un carreau, les patrons sont très sympas ».
