Un livre de photos chez Parigramme célèbrent les boutiques d'un Paris disparu qui égayaient encore les rues de la capitale dans les années soixante. Retour sur un projet mené par Séverine, la fille de Pierre Paul Darrigo qui enfourchait son solex, rollerfleix dans la sacoche, pour conserver une trace des activités et des devantures d'un autre temps. Certaines ont survécu.
Lorsque son père décède en 2015, Séverine Darrigo réintègre l’appartement familial de la rue La Bruyère. Elle y retrouve ses souvenirs d’enfance. Sa table de multiplication apprise en allant faire les courses en famille rue des Martyrs, son école de la rue Blanche, le lycée Jules Ferry.
Plus tard, jeune fille, elle écume les dance floor du Bus Palladium, de La Nouvelle Eve et du Palace, des lieux de fête, tous situés dans le 9ème. Des adresses proches de la maison qui rassure sa mère. Si elle avait su !
Tout au rangement de l’atelier et des archives paternelles, Séverine met la main sur une série de photos dont elle connaît l’existence. Un fond de plus de 300 clichés pris par son père Pierre Paul Darrigo dans les années 60.
L’homme, alors affichiste, qui signe de nombreuses campagnes publicitaires et excelle dans l’art du pastiche, entreprend de photographier les façades des boutiques anciennes de Paris. Pressent-il qu’elles ne tarderont pas à disparaître, emportées par l’arrivée des grandes enseignes et les transformations urbaines ?
Repérage et mise en boîte
Il embarque avec lui sa femme pour assurer le repérage. Puis armé de son Rollerfleix, à pied ou à solex, il met en boîte épiceries, confiseries, crèmeries, bougnats et autres détaillants, “Toujours au mois d’août, dans un Paris déserté pour éviter les voitures garées” précise sa fille.
Retrouvant le carnet dans lequel étaient consignées les adresses, caractéristiques et spécialités des devantures photographiées, Séverine choisit les plus belles et envoie un mail à l’éditeur Parigramme.
Le livre “Paris Boutiques du temps passée” sort en 2018. Publiées plus de 50 ans après leur capture, ces images sont les témoins d’une variété de commerces aux façades singulières qui animaient les rues de Paris.
Dans le 9ème, la droguerie colorée du 1 rue des Martyrs, la façade de l’Académie de Billard, rue de Clichy ou celle des Bains de Châteaudun, ont résisté, avec quelques ajustements, aux années et aux modes.
Les boiseries du philatéliste Roumet, rue Drouot, fondée en 1896 et toujours aux mains de la famille, ont défié les âges, tout comme les faïences de Sarreguemines décorant l’ancienne poissonnerie rue du Faubourg Montmartre (inscrite aux MH en 1984, devanture et intérieur) aujourd’hui un restaurant de poissons.
Rue Laffitte, ne subsistent que les colonnettes encadrant l’ancienne boutique d’un opticien qui d’un orange vif signalait sa présence aux myopes du quartier.
Enfin, rue Laferrière, La Parisienne et son décor de fixé sous verre, un art tombé en désuétude dans les années 30, a entièrement disparu du paysage.
Frédérique Chapuis
Au 1 rue des Martyrs, la droguerie et sa façade placardée de marques de peinture dans les années 60.
La façade de l'Académie de Billard, au 84 ue de Clichy, alors aux mains du Club Clichy-Montmartre.
La façade remarquable des Bains de Châteaudun, 66 rue du Faubourg Montmartre a su résister au temps et aux modes.
Au 17 rue Drouot, les boiseries du philatéliste Roumet ont survécu aux années.
« Paris Boutiques du temps passé » aux éditions Parigramme.
Disponible en commande à la Fnac
Son prix : 16,90 €.
