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Voie privée, fermée par une imposante grille, l’avenue Frochot suscite curiosité et envie. Entrons !

Les grilles de l'avenue Frochot

Lotie à partir de 1826, l’avenue en arc de cercle prend le nom du premier préfet de la Seine, Nicolas Frochot – qui a notamment fait numéroter les rues et acheter des terrains hors du Paris de l’époque pour y installer des cimetières.

Avec une entrée place Kaspereit (nom d’un ancien maire du 9e) et une autre place Pigalle, aujourd’hui condamnée, l’endroit a su conserver son charme et son prestige. C’est Ivana, la gardienne depuis six ans, qui veille à préserver la tranquillité de ses habitants.

L’allée pavée, parsemée d’hôtels particuliers, ateliers d’artistes et maisons cossues, de styles architecturaux très divers, a attiré artistes et personnalités en nombre, à la recherche d’un lieu tranquille et arboré à quelques pas de l’agitation parisienne.

Focus sur le n°2 de l'avenue

D’abord villégiature, construite en 1837 dans le style néo-Renaissance pour de riches bourgois parisiens, l’endroit a abrité dans les années 1930 le cabaret érotique Le Shanghai. C’est à cette époque qu’a été conçu par le maître-verrier Georges Hagnauer, puis installé, le très beau vitrail Art Déco, toujours visible place Kaspereit, représentant une vague déferlante, évocation de celle d’Hokusai.

Après guerre, le lieu transformé en salle de spectacle, “Le théâtre en rond” avec piste et gradins, inspire Jacques Becker ; le réalisateur y tourne une scène de « Touchez pas au Grisbi » avec Jean Gabin et une Jeanne Moreau débutante.

Visualiser le film "Touchez pas au grisbi" L'arrivée avenue Frochot à 7.30

Une académie de billard, “Le Cercle Central”, occupera ensuite les lieux plusieurs années.

Après de gros travaux en 2013, le lieu rouvre ses portes pour accueillir des événements privés sous le nom de “Villa Frochot”. Depuis 2020, il s’agit d’un (excellent) restaurant péruvien, la “Villa Mikuna”.

L’endroit est partiellement classé monument historique.

Une adresse appréciée des artistes

🎥 Dans une scène du film “Les quatre cents Coups” de François Truffaut, Antoine et son ami René remontent en courant l’avenue Frochot à l’hiver 1958. Un hommage discret à Jean Renoir qui y possédait un hôtel particulier, dans lequel Truffaut avait réalisé un entretien du maître pour Les Cahiers du Cinéma.

Que reste-t-il du Paris des 400 coups de Truffaut ? Article de Télérama à lire ici

Le réalisateur est un enfant du quartier. Ses grands-parents, Jean et Geneviève de Montferrand, ont habité rue Henri Monnier, et ses parents rue de Navarin, au 33 (une plaque commémorative le rappelle).

Plaque hommage à François Truffaut, 33 rue de Navarin, Paris 9.

Une adresse appréciée des artistes

Au n°1. La maison, à la façade néo-gothique exceptionnelle (classée au patrimoine historique), traîne une réputation de lieu maudit.

Le compositeur Victor Massé (1822-1884) y passe ses dernières années paralysé sur un lit par la sclérose en plaques.

La maison est achetée par le directeur des Folies Bergère au début du 20e siècle. En 1976, la femme de ménage qui a hérité de sa fortune y est sauvagement assassinée à coups de tisonnier, le meurtrier n’est jamais retrouvé ; l’endroit est mis sous scellés et reste inhabité pendant 30 ans. Les voisins assurent y entendre des bruits et craquements étranges.

Bien plus tard, la chanteuse Sylvie Vartan en fait l’acquisition, mais curieusement le revend rapidement sans y avoir habité. Après elle, le critique littéraire Mathieu Galey y meurt paralysé sur son lit.

Pour en savoir plus sur l’histoire étrange de la maison Frochot Écoutez L’esprit des lieux sur France Culture
Les grilles de l'avenue Frochot
Intérieur de l'avenue Frochot
Maison avenue Frochot
Maison de l'avenue Frochot
Intérieur de l'avenue Frochot, voie privée
Anciens ateliers d'artistes de l'avenue Frochot
Plaque en hommage à Django Reinhardt
Numéro 1 de l'avenue Junot

N°3. La célèbre cantatrice Régine Crespin (1927 – 2007) vécut jusqu’à sa mort dans cette maison cossue au style néo-classique.

N°4. Les écrivains Théophile Gautier et Charles Baudelaire, le cinéaste Jean Renoir, ses frères et son fils y résidèrent.

N°5. Le romancier et dramaturge Paul Meurice (1820-1905) y habite à partir de 1865. C’est chez lui que Victor Hugo choisit de s’installer à son retour d’exil en 1870.

N°6. Le guitariste Django Reinhardt pose, avec sa seconde épouse Sophie Ziegler, ses valises à cette adresse ; en 1951, il quitte la maison pour s’installer à Samois-sur-Seine.

N°7. Alexandre Dumas déménage de la Cité Trévise pour l’avenue Frochot en 1850 ; menacé de banqueroute par ses créanciers, il s’exile à Bruxelles en compagnie de Victor Hugo après le coup d’État de Napoléon III en décembre 1851.

N°14 et 15. Les ateliers accueillirent de nombreux peintres : Théodore Chassériau, Gustave Moreau ou encore Charles-François Daubigny. Toulouse-Lautrec, familier des cafés-concerts du Bas Montmartre et du Moulin Rouge tout proche, y installe son dernier atelier en 1898.

N°16. Le chanteur Patrick Hernandez, alors âgé de 24 ans, occupe en 1973 une chambre de bonne de l’hôtel particulier. Il y écrit “Born to be Alive”, une chansonnette folk au départ, transformée en version rock, puis disco, qui connaîtra le succès mondial que l’on sait six ans plus tard.

Aujourd’hui encore, plusieurs personnalités du monde du chant, de la musique, de la mode et du cinéma résident avenue Frochot.

Frédérique Chapuis – Crédit Photos : Lenouveauneuf

Intérieur Avenue Frochot