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Après une vingtaine d’années passées à Dubaï dans les affaires, Emmanuel Catteau, également photographe voyageur, a repris la galerie « Paris est une Photo », passage Jouffroy. Son objectif : faire vivre le lieu avec de nouvelles expos et de nouveaux noms de la photographie.

Emmanuel Catteau a su conjuguer qualité d’entrepreneur et créativité, ce qui ne gâche rien à l’affaire. Particulièrement aux siennes, qu’il a développées avec succès aux Émirats arabes unis. Après des études en école de commerce, le jeune homme qui a tâté de la grande distribution, s’envole pour Dubaï. « Nous sommes en 2000. Tout est à faire sur place » lance l’entrepreneur.
Dans un pays en plein essor économique et touristique, Emmanuel compte bien tirer son épingle du jeu. L’homme a du nez et monte plusieurs boîtes : gamme de produits touristiques, personnalisation de tee-shirts, bijoux… « Avec Portfolio, je proposais mes tirages photo, une solution d’impression et le client repartait avec un cliché, dans la taille et le support de son choix ». Ses points de vente installés dans les shopping malls cartonnent d’autant qu’à l’époque, appartements et villas poussent comme des champignons et la demande est forte en matière de décoration d’intérieur. La clientèle a besoin d’animer de grands murs blancs tout en se démarquant de l’unique offre disponible, les photos encadrées du géant suédois Ikea.

Portrait d'Emmanuel Catteau dans sa galerie photos

Emmanuel Catteau, le nouveau responsable de la galerie - @parisestunephoto

Un photographe voyageur

Les affaires du trentenaire rapportent et lui laissent assez de temps libre pour faire des photos. Ce passionné de sport shoote les grands champions de passage à Dubaï, pour le plaisir. Federer, Nadal, Williams, Hamilton, Woods… « Sans carte de presse, j’ai poussé les portes et j’y suis allé au bluff », raconte le photographe qui n’a jamais cessé de voyager.

Mû par la curiosité, Emmanuel parcourt le monde, de l’Afrique à la Mongolie, de l’Écosse au Japon en passant par Cuba, le Pakistan, et développe un fonds important de photos documentaires. « Je découvrais des coutumes, des paysages, des vies différentes. » En Mongolie, il se fait accepter par une famille nomade et documente leur quotidien. Dans le nord-ouest de la Namibie, il partage la vie rude des éleveurs Himbas qui se battent pour préserver leur mode de vie ancestral. Les grands mammifères d’Afrique, les fameux Big Five, le lion, le léopard, l’éléphant, le buffle et le rhinocéros, se retrouvent aussi dans son viseur. 

Baroudeur, Emmanuel entreprend un trip sur sa Royal Enfield dans la région montagneuse du Ladakh en Inde. En quelques secondes, l’homme a le don de se faire accepter pour déclencher son appareil. Il en ramène de magnifiques clichés. Mais le voyage a bien failli tourner court. Le photographe, victime d’un grave accident de moto à 5000 mètres d’altitude, s’en sortira bien.

Découvrir les photos de voyage d'Emmanuel C'est par là

Le retour en France

Le temps a passé, les enfants ont grandi. Emmanuel et sa femme envisagent de rentrer en France. Le besoin de se rapprocher de la famille et de changer d’univers se précise. L’arrivée de la Covid en 2020 va accélérer leur retour.

Installé à Paris, Emmanuel réfléchit à son avenir professionnel. Sur une feuille blanche, il se fixe quelques objectifs. « Je voulais continuer d’entreprendre mais en faisant quelque chose de nouveau. Enfin, je ne voulais pas redémarrer de zéro. À quasiment cinquante ans, on n’a pas forcément la même énergie et le temps devant soi. » Quelques expériences en start-up peu convaincantes, voir décevantes, orientent son choix vers la reprise d’entreprise, un projet qui correspond mieux à son expertise. 

Inscrit sur la plateforme Fusacq, il ratisse large. « J’ai failli reprendre une entreprise de textile et puis je suis tombé par hasard sur une annonce en avril 2022. Celle d’une galerie de photos à céder ». Emmanuel qui ne connaît ni la galerie, ni le passage Jouffroy, ni véritablement le quartier, est immédiatement séduit.
Le photographe fait dès lors affaire avec Mathieu Salsi, qui a ouvert le lieu en 2016. Ce dernier s’est agrandi en récupérant deux parcelles mitoyennes, et propose un bel espace de vingt-cinq mètres carrés en rez-de-chaussée et autant à l’étage. Mais c’est surtout la vitrine de plusieurs mètres linéaires, qui fait la force de l’endroit.

Entrée du passage Jouffroy, Paris 9.

Passage Jouffroy, côté rue de la Grange-Batelière

Extérieur de la galerie Paris est une photo, passage Jouffroy

Grande verrière, stucs et dallage ancien : le charme du lieu

Intérieur de la galerie Paris est une photo

Un intérieur lumineux pour une belle mise en valeur des photos - @parisestunephoto

Vitrine de la galerie paris est une photo dans le passage Jouffroy

Une vitrine de plusieurs mètres, l'un des atouts de la galerie - @parisestunephoto

Du vintage iconique

Le nouveau gérant de « Paris est une Photo » réalise quelques ajustements. Il décide d’arrêter les très vieux clichés de Paris, datés du 19e, début 20e. « Avec des petits tirages 8 x 10, vendus quatre à cinq euros, ce n’est pas un modèle qui peut tenir, vu les loyers et le peu de demande », argumente-t-il.

Il préfère mettre l’accent sur les photos iconiques du monde du cinéma, de la mode et de la musique qui ont fait la renommée du lieu. Ici, pas de reproduction mais des tirages d’époque, signés et numérotés par les photographes. « Les touristes européens, japonais ou américains repartent avec une photo de qualité en noir et blanc. C’est un peu de l’esprit français qu’ils emportent dans leurs bagages » suggère Emmanuel, qui renouvelle régulièrement son stock, « un travail de recherche passionnant et prenant » pour mettre la main sur des lots avant la concurrence.

Car la demande est réelle et certains collectionneurs lui passent directement commande. Et de citer en exemple la comédienne Michelle Bernier qui joue actuellement au théâtre des Variétés, boulevard Montmartre. Cette dernière, à la recherche d’une photo de Véronique Sanson, s’est adressée à lui.

Mise en vitrine, une photo d’un tournage de Star Wars datée de 1977 partira en quelques jours. La nostalgie se vend bien et des figures indémodables qui ont marqué leur temps continuent de distiller toute une mythologie. « J’ai eu pas mal de commandes pour Yves Saint Laurent à Noël précise Emmanuel qui ajoute, Steve McQueen, Andy Warhol, ou encore Robert de Niro arrivent à s’adresser à toutes les générations. La transmission s’effectue au sein des familles, de parents à enfants. » L’assurance d’un renouvellement naturel de la clientèle.

D’autres figures emblématiques comme David Bowie sont très demandées. En bonne place dans les vitrines, les clichés argentiques de Philippe Masson, qui a suivi le chanteur lors de sa tournée parisienne en 1995. Reste que la carrière du musicien est si vaste qu’il faudrait proposer bien d’autres tirages inédits de périodes plus anciennes.
Pour combler l’appétit des fans, l’hôtel des ventes Drouot, situé à quelques pas de la galerie, constitue l’une des sources d’approvisionnement, tout comme les plateformes spécialisées et quelques revendeurs à l’étranger. Il arrive qu’une personne pousse la porte de la galerie, un carton rempli de photos sous le bras. Avec de la chance, Emmanuel y débusquera quelques belles pépites.

Dix artistes en exclusivité

Depuis sa création, la galerie a entrepris de dénicher et de mettre en lumière des photographes contemporains. Si Paris et ses lieux emblématiques reste l’une des thématiques privilégiées, d’autres villes de France et d’ailleurs, d’autres paysages s’affichent sur les murs de la galerie. 

Parmi les photos exposées, celles d’Emmanuel qui nous font voyager aux quatre coins du monde. Celles de Kioro, photographe précoce puisqu’il remportait en 2016, à tout juste dix-huit ans, le prix Quartier Art Drouot avec une photo des toits de Paris. Ce dernier a d’ailleurs présenté son travail au sein de la mairie du 9e lors de l’exposition « Capitales d’Europe » en 2017. Ses photos de rue et de paysages, jamais posées ni préparées, sont prises sur le vif.
Après des débuts en noir et blanc, le photographe travaille désormais la couleur. Ses photos les plus emblématiques sont réalisées de nuit, une nuit magnifiée par des éclairages artificiels forts.

Dans une autre veine, Manu Wino, spécialisé dans les photos de concerts rock a réalisé de beaux clichés de Keith Richards, Mike Jagger, Iggy Pop ou de notre Johnny national. Son noir profond participe à magnifier ces bêtes de scène.

L’Allemand Horst Kistner, dont la renommée a dépassé les frontières de son pays, devrait rejoindre sous peu le pool de photographes sous contrat.
À partir de mises en scène très étudiées, avec un sujet féminin toujours présent, le photographe raconte des histoires à la limite du surréalisme, entre la peinture classique et une image très cinéma « dans un style à la Edward Hopper. Le résultat est très léché, le jeu de lumière est très réussi » argumente Emmanuel qui ajoute dans un sourire, Moi qui suis un photographe sportif et documentaire, je dois prendre ma photo en un quart de seconde, lui, il a besoin de quatre jours pour faire sa photo. »

Une brochure des photos présentées à la galerie Paris est une photo

Du noir et blanc iconique, de la couleur contemporaine, la photo sait plaire à tous - @parisestunephoto

Une gamme de posters et lithographies

Troisième famille de produits déclinée à la galerie : de grandes affiches, œuvres originales, datées et signées, comme celles de l’américain Shepard Fairey, dit Obey. On retrouvera la célèbre pièce “Liberté, Égalité, Fraternité », en soutien à la France frappée par les attentats terroristes du Bataclan, variation de son visuel « Make Art, not War ».

Afin d’étoffer son offre, la galerie travaille avec l’éditeur rochelais Salam Éditions. Ce dernier a récupéré les droits de reproduction des affiches Air France, ou dans un autre style ceux de toiles d’Egon Schiele, des impressions artisanales sur papier Vergé. On découvre également dans les bacs de la galerie, le travail des illustrateurs Maud Peloq, les Filles du surf ou celui de Clotilde Marnez pour la série « Less is more ».

Plaire au plus grand nombre

La gamme est suffisamment étendue pour toucher une clientèle la plus large possible. Emmanuel ne fait pas dans l’élitisme. Du cadre sup au fort pouvoir d’achat travaillant dans le quartier à la famille de province venue visiter le musée Grévin au touriste américain, chacun pourra trouver son bonheur.

Chez « Paris et une Photo », il est possible de se faire plaisir à partir de 20 €. Les grands formats sur papier de luxe avoisinent les 700 €. Entre ces deux extrêmes, les tarifs moyens oscillent entre 89 € et 299 €.

Enfin, si son prédécesseur avait développé une activité d’encadrement sur mesure, le nouveau responsable des lieux y a mis un terme : « C’est un vrai métier, chronophage, et nous ne sommes pas armés pour ». Reste deux offres d’encadrement standard : celle de la marque de référence allemande Nielsen et celle, en bois, d’un fabricant français.

Après quatre mois d’activité, le patron est satisfait. En bon pragmatique, il suit son plan : avoir une affaire rentable, obtenir la satisfaction de ses clients sans s’oublier « Je dois travailler dans mon élément. »
L’homme ne tarit pas d’éloge sur l’emplacement. Le charme de l’endroit, particulièrement apprécié des visiteurs étrangers à la recherche d’authenticité et de traces du passé, génère énormément de passage. « Par rapport à un pas-de-porte sur rue, c’est bien plus intéressant et cela nous invite à entretenir des relations privilégiées avec nos voisins commerçants. »

Extérieur de la galerie paris est une photo

La galerie propose un beau choix de sérigraphies dont les œuvres signées Obey.

Prochain défi pour l’entrepreneur et son assistante, développer la vente sur Internet. « Nous sommes spécialisés dans la vente classique et nous devons muscler notre présence sur le numérique. Notre site est en pleine refonte. »
Autre axe de développement, viser une clientèle de professionnels, « des entreprises, des professions libérales et autres cabinets d’avocats, qui ont besoin de décorer leurs halls d’accueil, salles d’attentes et bureaux » dévoile Emmanuel. On reconnaît là l’expérience du chef d’entreprise, à la recherche de nouveaux débouchés et à l’écoute des besoins.
Amateur de belles photos ou curieux, à la recherche d’un cadeau original, si vous traversez le passage Jouffroy, n’hésitez pas à poussez la porte de la galerie, vous y serez bien accueilli et conseillé.

Frédérique Chapuis

Paris est une Photo, 55 passage Jouffroy, Paris 9.
Horaires : du lundi au samedi : 10h – 19h
Mercredi à partir de 11h.
Dimanche : 12h – 18h.