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Ce 2 avril 2023 marque le 95e anniversaire de la naissance de Serge Gainsbourg. C'est la date choisie par sa fille Charlotte pour annoncer l'ouverture de la Maison Gainsbourg, rue de Verneuil, le 20 septembre prochain. C'est pour nous l'occasion de revenir sur les liens qu'a entretenus l'artiste (1928 - 1991) avec notre arrondissement.

L'enfant Ginsburg

En 1932, la famille du petit Lucien Ginsburg emménage au 11 bis rue Chaptal, dans un trois pièces cuisine ; l’enfant est alors âgé de quatre ans. Il grandit dans le quartier en face de la Sacem, en compagnie de ses deux sœurs aînées.

Joseph, son père, immigré russe qui a fui la révolution bolchévique en 1919, est pianiste ; il peut exercer son activité dans les nombreux établissements du quartier. Sa mère, Olga, est chanteuse au Conservatoire russe.

L’enfant n’a qu’à traverser la rue pour se rendre à l’école maternelle Chaptal ; il rejoint ensuite l’école communale de la rue Blanche. Sa soeur Jacqueline raconte à Paris Match en 1991 : « Serge chapardait de la petite monnaie dans le sac de ma mère pour acheter des bonbons et du Zan à l’épicerie Au goût délic, qui se trouvait à côté de son école. Ma mère faisait semblant de ne pas s’en apercevoir. »

Après l’école, le jeune Lucien joue au ballon dans le square de La Trinité et fait voguer son bateau dans le bassin central. « À la maison, il y avait une ambiance artistique. Mon père allait aux expositions de la salle Drouot et rêvait devant les tableaux. On nous a mis à la musique très jeunes, vers 5 ou 6 ans. Quand nous rentrions de l’école, nous devions faire au moins une heure de piano par jour », se souvient encore Jacqueline.

Gainsbourg aime à raconter une rencontre de jeunesse marquante : “Fréhel vivait près de la rue Chaptal, elle passait donc dans la rue. Un jour, mon père me la montre par la fenêtre et me dit : “Tu vois, c’est la plus grande chanteuse réaliste.” Je voyais une espèce de tas aviné en peignoir à fleurs  […]. Un jour, je reviens avec cette croix d’honneur et Fréhel me voit. Elle me passe la main dans les cheveux : “T’es un bon p’tit gars, et tu vas prendre un coup avec moi.” C’était en 1936, 1937, j’avais 8 ans. On s’est assis à la terrasse, elle a pris un ballon de rouge et m’a donné ce qu’on appelait un diabolo grenadine” (Les Inrockuptibles, 1991).

C’est à la même époque que le Hot club de France est inauguré, au 14 rue Chaptal ; le lieu accueillera toutes les légendes du jazz…

Photo de Serge Gainsbourg en 1934

L'écolier Lucien Ginsburg, en 1934, âgé de six ans. © Hulton Archive/Getty Images

Des débuts chaotiques

Le jeune homme, autrefois bon élève, poursuit une scolarité désordonnée au collège Condorcet jusqu’à la guerre.

Portant l’étoile jaune – la légende veut que ce soit Lucien qui soit allé récupérer les « Yellow Stars » au commissariat de la rue Chauchat – , la famille passe en zone libre et se réfugie à Limoges. En mars 45, à 17 ans, le jeune homme abandonne les études pour se consacrer à la peinture. Il finit par se tourner vers la musique, un art qu’il considère comme mineur, et fait ses timides premiers pas comme chanteur rue des Martyrs.

Dès 1954, il dépose ses premiers titres à la Sacem sous son nom, puis sous le pseudonyme de Julien Gris, évoluant en Julien Grix, puis, à partir d’avril 1957, sous son pseudonyme définitif de Serge Gainsbourg – selon les récits, pour rappeler ses origines russes ou en référence au peintre Gainsborough, qu’il admire.

Plaque en hommage à Serge Gainsbourg qui a habité dans cet immeuble du 11 Bis rue Chaptal, dans le 9e, toute son enfance

Une plaque commémorative a été posée en 2016 sur la façade du 11 bis rue Chaptal.

Façade du 11 rue Chaptal, Paris 9.

À 50 mètres du domicile familial, le bar L'Annexe dans lequel Fréhel offrit une boisson au petit Lucien pour ses bons résultats scolaires

L'artiste dans le 9e

Billet du concert de Gainsbourg au Palace en 1979
Disque Live de Gainsbourg au Palace

On le sait, c’est bien comme auteur – compositeur – interprète qu’il accède à la notoriété. Il dédie une chanson au Bus Palladium, qu’il fréquente assidûment, on le retrouve sur scène à l’Olympia…

Serge collectionne les autographes de personnalités et les cartes de membre des clubs et établissements où il passe ses nuits. Dans l’exposition « Gainsbourg, le mot exact » que lui consacre Beaubourg, les cartes du Consul Club rue Scribe, du Disc Jockey rue de Provence ou encore du Privilège, le restaurant-discothèque au sous-sol du Palace, sont en bonne place.

En décembre 1979, après quinze ans d’absence, le musicien chante au Palace, rue du Faubourg Montmartre. Gainsbarre, lunettes noires et veste militaire, aborde sa période reggae et trouve grâce aux oreilles d’un public plus jeune. Le concert fera l’objet d’un album live devenu culte, ressorti en 2020 dans une nouvelle version.

En 1985, il revient à quelques pas des lieux de son enfance, sur la scène mythique du Casino de Paris pour l’occasion équipée d’un gigantesque escalier lumineux.

Gainsbourg n’a pas tout à fait quitté le 9e. On le croise toujours au musée Grévin, avec ses Repettos, ses cernes et son paquet de Gitanes, accoudé au bar, en grande conversation avec l’écrivain américain Ernest Hemingway dont il aimait reprendre l’aphorisme : « L’alcool conserve les fruits, la fumée, les viandes »…

Frédérique Chapuis et Françoise Tomasini

Façade de la maison Gainsbourg, rue de Verneuil

👉 En ce début d’année 2023, on peut le retrouver dans l’exposition qui lui est consacrée au Centre Pompidou (Serge Gainsbourg, le mot exact), mais aussi au musée des Arts décoratifs (partie de l’exposition Années 80 consacrée aux années Palace), à la Galerie de la Clé jusqu’au 15 avril.

👉 La Maison Gainsbourg (5 bis et 14 rue de Verneuil, Paris 7e), où l’artiste vécut 22 ans, ouvrira officiellement le 20 septembre prochain.