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On dit de lui qu'il est le dernier peintre de Montmartre. Chaque jour, Bruno Émile Laurent, 98 ans, prend place face à son chevalet, pinceau en main. Dans son atelier situé dans le 9e, il a peint des vues de Montmartre réinventé. Il flirte désormais avec l'abstrait.

C’est un presque centenaire qui peint, sans relâche, dans son atelier de la rue Henry Monnier. Chaque après-midi, Bruno-Émile Laurent, 98 ans, fait le trajet depuis la rue Milton.
Sans peinture, il tourne en rond et s’ennuie. L’homme né en 1928 a du caractère. On dit de lui qu’il est le dernier peintre de Montmartre. Il en représente un peu l’âme, celle d’une butte réinventée et colorée dont il a toutes les rues en tête.

On le compare souvent à Maurice Utrillo. S’il n’est pas aussi célèbre que le fils de Suzanne Valadon, il se flatte d’une certaine renommée et d’avoir fait de beaux coups : “Un de mes tableaux a frôlé une brique en salle des ventes” se rappelle-t-il.
Les années 80 seront fastes. Il est alors courtisé par Drouot. Un américain du Costa Rica lui achète régulièrement des toiles décloutées pour les revendre outre-Atlantique. Il a des marchands, certains le voleront.
Quand le marché de l’art s’effondre au début des années 90, l’homme réagit. Il travaille avec des commissaires-priseurs de province, assure les envois par la poste. 

Une passion à soi

La peinture, il s’y est mis sur le tard, à la quarantaine. Il avait ça dans le sang.
“Je suis né artiste ” énonce cet homme qui a travaillé vingt cinq ans en cuisine. Il ouvre jusqu’à trois restaurants en banlieue. Une vie éprouvante et prenante qui lui permet néanmoins de se constituer un petit capital.
Le soir, il suit des cours de dessins de la Ville de Paris « au fil à plomb ». Sur le papier, des paysages, des portraits, des nus, avant de se consacrer entièrement à la peinture. Ses premières vues de Montmartre, il les peint dans la salle à manger.

Bruno Emile Laurent, peintre de 98 ans, dans son atelier

Le peintre Bruno Émile Laurent dans son atelier/galerie situé au 21 rue Henry Monnier. Paris 9.

Atelier du peintre Bruno Emile Laurent

Chaque après-midi, Bruno Emile Laurent, prend place sur sa chaise de bureau à roulettes. Une passion qui l'éloigne de l'ennui.

le peintre Bruno Emile Laurent feuillette un catalogue sur lequel il peint

Le peintre âgé de 98 ans n'a pas renoncé à la peinture. Il travaille désormais la couleur et l'abstraction.

Vue de la rue Laffitte peinte par Bruno Emile Laurent

Vue depuis la rue Laffitte avec l'église Notre-Dame-de Lorette et le Sacré-Cœur en surplomb. Bruno Émile Laurent.

Le peintre Bruno Emile Laurent tient un dessin , une vue de Montmartre

Avant de se mettre à la peinture, Bruno Émile Laurent s'est initié au dessin.

Tableaux vues de Montmartre par Bruno Emile Laurent

En vitrine, des vues de Montmartre. Des toiles qui plaisent aux touristes, heureux de repartir avec un souvenir de Paris.

Un hommage à sa femme

Sa femme Gilberte, aujourd’hui décédée, l’encourage, le soutient. C’est d’ailleurs elle qui l’a sauvé lorsque jeune homme, arrivant de ses Ardennes natales, fuyant un père “peu recommandable”, il prenait un mauvais chemin.
C’est aussi elle qui un jour aperçoit la pancarte « À vendre », rue Henry-Monnier. Le peintre s’y installe en 1985, avec son chevalet, ses cartons croulant de dessins, ses huiles et ses pastels. Il n’en a plus bougé.
Sa peinture, elle, a évolué. Il compose désormais des saynètes, intègre des personnages, et se frotte à l’abstrait. Les couleurs l’inspirent. Il y met autant d’âme que de poésie.
D’ailleurs notre échange se termine par quelques vers de Baudelaire déclamés : “C’est la mort qui console et qui fait vivre….”  

Frédérique Chapuis 

Le peintre Bruno Emile Laurent pose devant son atelier


Atelier/galerie 21

21 rue Henry-Monnier, Paris 9.
Horaires : du lundi au dimanche.
Tous les après-midis.