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Nouvelle exposition à la galerie Beausoleil avec un thème universel, la vieillesse, à travers le regard de quatre photographes. Instant volé dans la rue, portraits, moments d’intimité… Les vieux sont encore vivants et pourtant nous ne les regardons plus.

Portrait d'une dame âgée, Lucette dans sa cuisine, tirée de la série Paysannes d'Alexis Vettoretti

Angèle née en 1925 dans le Morbihan. ©Alexis Vettoretti - Série Paysannes

Portait d'une personne âgée dans sa cuisine, Série Paysannes, du photographe Alexis Vittoretti

Geneviève née en 1916 à Paris, installée en Dordogne. ©Alexis Vetoretti - Série Paysannes

Avec sa série de portraits intitulée « Paysannes », réalisée à la chambre noire sur plusieurs années et dans plusieurs régions, le photographe Alexis Vettoretti porte un regard documentaire et en même temps humaniste sur ces femmes âgées, toutes nées entre les deux guerres. Ces dernières ont vu l’arrivée de la mécanisation à la ferme et les premiers tracteurs dans les champs. « Ce sont toutes des femmes fortes qui ont vécu des vies difficiles, les derniers témoins d’une agriculture qui a disparu » note, admiratif, Alexis.

Des paysannes, témoins d’une époque disparue

Christiane, Antoinette, Angèle se tiennent debout, certaines s’appuient sur une canne, leur blouse ménagère sur le dos, avec en fond la cuisine restée dans son jus. Des femmes qui portent sur leur visage les traces du temps.
Elles se sont confiées au photographe, ont raconté brièvement leur vie « souvent des filles de paysans qui se marient avec un paysan et intègrent la ferme de la belle-famille ». Le photographe a besoin d’instaurer un dialogue, d’obtenir l’assentiment entier de son sujet dans un souci d’apprivoisement mutuel, « un processus dans lequel appuyer sur le déclencheur n’est pas un acte isolé mais bien la re-construction de cette relation à l’autre. »
Certaines de ces femmes ont été heureuses, d’autres non. Héritières d’un mode de vie qu’elles n’ont pas choisi, impensable à notre époque, elles sont le lien fragile entre deux mondes si différents.

Chaque photo restitue le témoignage d’une vie, faite de labeur et de peu de distraction. La série, récompensée par le jury du prix camera Clara qui défend les prises de vue à la chambre, a fait l’objet d’une exposition à Sète au festival Images Singulières 2022.

Rendre visibles nos vieux

Autre approche avec Margaux Stypak proposant une pratique plus spontanée mais toujours ancrée dans le réel. La jeune photographe et vidéaste s’inspire de ce qui lui est donné à voir ; elle a notamment photographié ses voisins au moment du confinement, et a décidé de mettre en lumière les vieux qu’elle croisait sur son chemin. « Je me suis rendu compte que les vieux étaient invisibilisés. On ne les voit pas dans les médias ou très peu. Je n’en rencontrais pas dans ma vie professionnelle ni personnelle. »
Armée d’un petit argentique, de son smartphone ou d’un vieux Polaroïd, elle immortalise ces inconnus dans l’espace public, à la plage, ou croisés à l’angle d’une rue. Des moments volés, capturés en toute bienveillance. Un dos courbé, un caddie poussette lourd à porter, un pause sur un banc ou à une table de café, pour l’éternité même si les couleurs de la photo au Pola finiront par s’estomper.

Sa série « Mes vieux » a été exposée en 2018 sur les murs du jardin partagé Baudélire dans le 18e, « un lieu au cœur de la vie de quartier si chère aux vieux » qui occupe désormais une place centrale dans son quotidien de trentenaire. Sa série « Rose » dont un cliché est visible à la galerie, a remporté en 2019 le 3ème Prix du Prix Photo de La France Mutualiste sur le thème des Solidarités intergénérationnelles.

Polaroïd de Margaux Stypak représentant une femme âgée marchand de dos dans les rues de Paris

Tirage Polaroïd - série "Rose" - ©Margaux Stypak

Margaux Stypak, photographe et vidéaste à la galerie Beausoleil

Le regard de Margaux Stypak sur les personnes âgées à la plage ou au retour des courses

« Mes p’tits vieux » de Marco Castro

Tirant le portrait d’hommes politiques, artistes et autres personnalités, Marco Castro sait capter en quelques minutes une vérité intérieure, au delà de la carapace. En parallèle de ses commandes de presse, il poursuit un travail personnel au long cours. Ses p’tits vieux qui fixent l’objectif sont beaux. Une série de portraits en noir et blanc qui renvoie une image apaisée de la vieillesse, mais tout se corse lorsque le photographe investit un Ehpad breton.

C’est ici qu’il se glisse dans l’intimité des résidents, avec qui il a pu tisser, en prenant son temps, un lien de confiance et d’amitié. Ces photos, toutes empreintes d’humanité, interpellent, questionnent. Les moments de toilette et de soins, les corps vieillis, les regards perdus dans les couloirs, la mort qui rode… des images puissantes, dérangeantes parfois, qui nous confrontent à notre propre fin de vie.

Portrait noir et blanc d'un homme âgé, tiré de la série Mes P'tits vieux de Marco Castro

Portrait noir et blanc - ©Marco Castro - Série "Mes P'tis vieux"

Personne âgée sur son lit en maison de retraite, photo de Marco Castro, série "Mes p'tits vieux"

De la proximité du photographe avec son sujet naît un instant donné - ©Marco Castro

Des vieux dans les rues de Paris

Personne âgée sur un banc en train de lire, une photo noir et blanc de Pierre Bonard

©Pierre Bonard

Personne âgée avec un chat, photo de Pierre Bonard

©Pierre Bonard

Pierre Bonard, photographe de l’instant, capte un regard, une allure, un geste… Lorsque l’inattendu surgit, il déclenche son appareil argentique. Il aime le mouvement, les flous, les corps jeunes ou vieux, en marche – comme celui de cette petite mamie rentrant des courses, le dos courbé sur le sol mouillé des trottoirs de Paris –  mais aussi au repos : une personne âgée sur un banc plongée dans un livre ou cette autre, en pleine conversation avec un chat noir. Entre ces deux êtres solitaires, la grille du parc de Belleville.
Pierre s’inspire le plus souvent de son quotidien, celui des rues entre Belleville et Ménilmontant. Il voyage aussi, s’aventurant en Inde ou aux îles Canaries. Pour réaliser ses tirages en noir et blanc, il file à Saint-Denis au sein du 6B, un lieu de création et de diffusion des pratiques culturelles qui lui met à disposition un laboratoire photographique.

Un pourcentage sur le prix de vente des photographies est reversé aux Petits Frères des Pauvres qui agit en faveur des personnes âgées. En 2022, l’association a répertorié une quinzaine de cas de personnes âgées retrouvées mortes seules chez elles, longtemps après leur décès. Révélatrices de l’isolement dont souffrent les aînés, ces morts solitaires appellent à restaurer le lien social.

Frédérique Chapuis

Galerie Beausoleil, 48, rue Notre-Dame-de-Lorette, Paris 9.
Horaires : du mardi au samedi : 11h/19h, Jeudi : 14h/21h
Exposition  “Vieux” jusqu’au 28 février.