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En juillet 2022, le Bus Palladium fermait après 57 ans d’existence. Le Covid avait eu raison de l'adresse mythique de la rue Fontaine. En 2026, un nouveau chapitre s’écrit. Derrière la nouvelle façade et le néon historique, un nouvel hôtel 5 étoiles, un bar, un restau et un club en sous-sol, cœur battant du lieu. Nous l'avons visité.

À la manœuvre de cette renaissance, Nicolas Saltiel, fondateur du groupe hôtelier Chapitre Six, associé au propriétaire historique des murs Christian Casmèze, le bâtiment fait partie de sa famille depuis 1924. Le projet se scelle autour d’une partie de Backgammon une soir de 2019. Le premier à la tête d’adresses iconiques (l’Hôtel La Ponche à Saint-Tropez, ex-quartier général de Boris Vian et Brigitte Bardot ; le Cap d’Antibes Beach Hotel, où ont séjourné Picasso, Bonnard et de Staël) cherche à faire revivre des lieux marqués d’histoire sans les trahir. Le second souhaite transformer le Bus en hôtel 5 étoiles, en un lieu chic et accueillant, où les artistes aient envie de créer, où tout un chacun aient envie de se poser.

Chic et impertinent

Ouvrir un hôtel 5 étoiles tout en conservant l’esprit des lieux, le pari était osé. Il a été relevé par le duo d’architectes du studio KO, à qui l’on doit le musée Yves Saint-Laurent à Marrakech et la rénovation du mythique Château Marmont à Los Angeles.
Quasiment trois ans de travaux ont été nécessaires pour tout démolir, creuser un trou de 14 mètres sous terre, reconstruire, insonoriser. Des journées épuisantes pour les riverains qui ont souffert de longs mois.
Aujourd’hui, à la place de la dent creuse s’élève une façade minimaliste de six étages avec roof top à venir et vue sur Montmartre. Ce qui reste de l’ancien Bus : l’enseigne au néon, une réplique du balcon symbolique du 1er étage et les deux entrées indépendantes, l’une menant au club, l’autre à l‘hôtel.

Restaurant du Bus Palladium avec un grand mur dédié aux disques vinyles

Au restaurant, un mur entier de vinyles rappelle l'histoire du lieu. Des disques issus de la collection d'anciens Djs et du fondateur James Arch. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

À l’intérieur, du lobby au restaurant, la déco emprunte aux codes cinématographiques et musicaux des années 60 et 70. Loin du tumulte de la rue, le restaurant joue la carte théâtrale et feutrée : moquette aux motifs psychédéliques, lourds rideaux rouges, lumière tamisée. Au centre trône un cube de verre encapsulant un bout de forêt, émouvant poumon vert à contempler.

Du petit déjeuner au dîner, on savoure une cuisine réalisée par le jeune prodige Valentin Raffali. Cet ex chef du Livingston à Marseille, ex candidat Top Chef, propose une carte resserrée, éthique, sincère et voyageuse.

Un mur entier de vinyles dont ceux d’anciens Djs qui ont œuvré par le passé et issus de la collection personnelle de James Arch, fondateur du Bus Palladium, donnent le tempo. En fin de semaine, les platines se mettent à tourner à l’heure du repas. De quoi fait vibrer la légende rock de Pigalle.

Bar du Bus Palladium

Le Bar du Bus Palladium pour prendre un verre jusqu'à tard. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

A l'intérieur du restaurant du Bus Palladium, un cube rempli de plantes vertes

Un poumon vert trône au centre du restaurant. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

Enseigne néon du Bus Palladium

L'enseigne historique a pu être réinstallée sur la nouvelle façade de béton sablé. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

Suite Terrasse du Bus Palladium. moquette rose poudrée, liège et plafond béton

Suite Terrasse. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

Béton brut, liège et moquette rose

Dans les chambres, le luxe se fait minimaliste : plafond en béton brut associé au liège, un matériau que Studio KO avait déjà expérimenté dans l’appartement new-yorkais de Francis Ford Coppola, ponctué de touches plus pop comme une moquette rose malabar.
Les salles de bain carrelée de bleu Klein ou vieux rose, se devinent derrière des parois de verre semi-transparentes. Les rideaux en velours côtelé rappellent les uniformes  des équipes. Ticket d’entrée de la chambre : à partir de 550 euros.

Rien n’est laissé au hasard et partout de petits détails filent la métaphore musicale : interrupteurs évoquant des amplis vintage, poignées de porte microperforées à la façon des grilles de micro, vieilles cassettes audio empilées…
Dans les 35 chambres, de belles enceintes en bois signées Ojas diffusent quatre playlists concoctées par Caroline de Maigret, l’ancienne mannequin, productrice de musique et habitante du quartier. Un son à écouter selon l’heure de la journée.

De chaque côté du lit, des cubes transparents contenant des œuvres d’art que l’on peut acheter et des objets chinés, affirment leur rôle de tables de nuit.
Enfin, le mini-bar, tout simplement magnifique, avec tout le matériel nécessaire, permet de créer ses propres cocktails.

La Suite Dali

Dans la suite Dali de 70 m2, c’est une toute autre atmosphère. On peut se vautrer entre copains sur le canapé en cuir, une pièce chinée comme la plupart du mobilier de l’hôtel, et qui joue la carte seventies à fond.
La tête de lit à motif léopard, sans doute un clin d’oeil au petit félin, un ocelot, possédé par Dalí, tout comme au mur, la photographie prise en 1966 lors d’une « soirée à l’eau » avec le maître et sa femme Gala, rappelle la présence de l’artiste espagnol lors d’une soirée privée au Bus.

Un club en sous-sol

Si l’on dort au Bus Palladium dans des chambres parfaitement insonorisées, on peut aussi faire la fête. Il suffit de descendre au 4ème sous-sol par un accès privilégié au Club, le cœur battant de l’endroit. Une magnifique mezzanine, un grand rideau aux reflets scintillants et une immense boule à facettes mettent tout de suite dans l’ambiance.
L’endroit se prête à de multiples configurations : scène calibrée pour le live avec système acoustique de haute volée, écran géant et jeux de lumière pour des numéros de théâtre, de cabaret et de striptease, une programmation de début de soirée éclectique. Avant que les platines ne prennent le relais et n’enflamment la piste de danse.

Suite Dali du Bus Palladium

La suite Dali, pièce maîtresse de l'hôtel. Canapé vintage, photo d'époque, mini-bar résolument 70's ouvrant sur le balcon du 1er étage. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

Un esprit rock et de liberté

Le Bus Palladium fut le lieu où artistes, icônes et noctambules se côtoyaient, sans code vestimentaire, sans hiérarchie, juste de la musique et de la liberté. Un esprit que son créateur James Arch, 83 ans aujourd’hui, avait su insuffler, à rebours des clubs chics de l’époque, Castel, Chez Régine, Drugstore… et que les différents repreneurs artistiques avaient réussi à conserver au fil des décennies : un anti-club privé.
« Le Bus Palladium, c’était un sacré mélange : des jeunes de banlieue, des beatniks, des artistes et des gens des beaux quartiers parisiens, mais tous avec une liberté d’esprit formidable. » se souvient James Arch.
En 1966, à l’âge de 22 ans, ce petit gars de banlieue, fan de rock, reprend un ancien cabaret désuet « L’Ange Rouge » pour en faire un club. Pas de physio à l’entrée, au paradis du rock, on se mélange, on danse, on fait la fête, avant de rentrer en bus-navette contre un ticket de 2 francs.
Les stars apprécient l’endroit comme clients ou sur scène : Gainsbourg fait partie des meubles, il écrit une chanson à sa gloire. Les directions changent, l’esprit reste. Dans la foule dansante, on reconnait Al Pacino et Robert de Niro, Mc Enroe et Noah. La nouvelle génération s’y produit : Téléphone, Daho, Indochine, Mano Negra, Rita Mitsouko ou Pete Doherty.

Le nouveau club du Bus Palladium, boule à facettes, piste de danse et rideau de scène.

Un club de 200 places pour danser mais pas seulement. Sur scène se succéderont concerts, numéros de théâtre, de cabaret et d'effeuillage. Matthieu Salvaing/Bus Palladium.

Aujourd’hui, une nouveau chapitre s’écrit avec Lionel Bensemoun, figure emblématique des nuits parisiennes, ex patron du Baron et du Petit Palace. La programmation, ni trop commerciale, ni trop pointue, reste ouverte et variée, avec la promesse d’un son qui fait danser.

Autres temps, autres envies, autres porte-monnaie. Le Bus Palladium revit d’une autre manière, plus sophistiquée, qui se veut un espace artistique et bouillonnant, de jour comme de nuit.

Frédérique Chapuis

Salle de bain de la suite Dali au Bus Palladium

Matthieu Salvaing/Bus Palladium

📍Hôtel Bus Palladium
6 rue Fontaine, Paris 9.
Le club est ouvert du jeudi au samedi, de minuit à 5h.

Pour aller plus loin : Jean-Charles Dupuy, Dj au Bus à partir de la deuxième réouverture en 1979 jusqu’en 2000, est l’auteur du livre « La nuit va nous perdre ». (Editions Sonatine) mai 2022.
Il se raconte. Une existence faite de soirées dantesques, de personnages inoubliables, de stars et d’inconnus qui se croisent sur une piste vibrant au rythme des meilleures musiques rock… Mais aussi un quotidien fait de drogues, de trahisons et de lendemains désenchantés, abordés sans fard. Un récit bouleversant qui nous ouvre les portes d’un lieu mythique : le Bus Palladium.